Le partage artistique du mois : Refuser de sombrer (tenir) / Neneh Cherry et Obaidullah Baheer

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Août 2021

Grandes catastrophes, douleurs incontrôlées et profondes, carences absolues, la mort sur l’écran ou autour de soi, renier ou nier, partir et s’isoler… Avec les conséquences désastreuses à plus ou moins long terme du retour au monde réel… Ou encore détruire ou se laisser mourir, l’air de rien. Ce sont les réflexes. Les artistes de ce topic ont fait avec le monde tel qu’il s’offre à eux dans toutes ses carences, « faire avec », leurs œuvres témoignent d’un refus : celui de sombrer. Pistes pour tenir.

Musique : « 7 Seconds » de Neneh Cherry & Youssou N’Dour (1994)

Le titre à succès rappelle, d’après Neneh Cherry, rappeuse, DJ et auteure-compositrice, les premières secondes d’un humain sur terre avant d’être rattrapé par le contexte de sa naissance.
Neneh Cherry, née et ayant grandi en Suède, de mère suédoise et de père Sierra-Léonais, aura passé une partie de son enfance avec un beau-père africain-américain. Entre hip hop et scène post-punk anglaise, jonglant entre les cultures et les idées préconçues, Neneh Cherry aura tracé une voie de « star » différente : artiste primée aux Brit Awards ou MTV awards, également simple volontaire dans des initiatives d’entraide. En 1994, Cherry se remet de la maladie de lyme encore peu connue à l’époque, et dont elle a souffert plusieurs années. Elle collabore avec le chanteur sénégalais Youssou N’Dour sur le titre « 7 seconds » qui deviendra la chanson la plus célèbre de la discographie des artistes. La vidéo en noir et blanc et en gros plans assumés tranchent. Trois langues, en anglais, wolof et français, pour une invitation directe à tenir en nous rappelant de qui nous sommes : des êtres humains nés sans préjugés.

Boul ma sene, boul ma guiss madi re nga fokni mane
Ne me regarde pas de loin, ne regarde pas mon sourire, en pensant que je ne sais pas
Khamouma li neka thi sama souf ak thi guinaw

Ce qui est au-dessus et sous moi
…And when a child is born into this world
Et quand un enfant naît dans ce monde
It has no concept
Il n’a aucun concept
Of the tone the skin is living in
Sur la teinte de la peau dans laquelle il vit
It’s not a second
Ce n’est pas une seconde
We’re 7 seconds away
Nous sommes à 7 secondes
Just as long as I stay
Juste assez longtemps pour que je reste
I’ll be waiting
J’attendrai

Poésie : « Vision » de Obaidullah Baheer (2016)

Dans ces écrits, le poète afghan et enseignant, Obaidullah Baheer, atteste de son vécu difficile (une enfance sous les bombes, un père enlevé et « disparu », un quotidien de guerre civile en Afghanistan), mais il respire encore. Et l’auteur transmet son amour par toutes les voies possibles depuis et pour sa contrée, avec toutes ses composantes.
« Voir » avec quel regard ?

Vision

I’m half blind
in one eye,
which makes me quarter blind.

It doesn’t bother me though.

The flower doesn’t need eyes
to see the sun

Vision

Je suis à moitié aveugle
d’un œil,
ce qui fait que je suis aveugle au quart.

Mais ça ne me tracasse pas.

La fleur n’a pas besoin d’yeux
pour voir le soleil

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Le partage artistique du mois : Supporter la séparation, le divorce / Ben Mazué, RaeLynn et Aimé Césaire

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Juillet 2021

Un sujet peu évoqué, aux conséquences parfois dramatiques, relevant de la sphère très intime. Mal vécus, la séparation, le divorce traversés par ceux qui ont voulu essayer de fonder une famille malgré les obstacles, sont une épine discrète mais profonde dans le pied, dont la blessure peut se transformer en gangrène insidieuse et ravager tout le reste. Les artistes de ce topic illustrent les failles d’une séparation, trou béant de l’intérieur qui agite l’extérieur et ses calmes apparences. Ne connaissait-on donc pas l’autre ? Comment, quand s’est-on trompé ? S’est-on trompé ? Passer à autre chose mais comment rayer une part de son existence, de son intimité, de soi ?
Peut-être écrire une autre histoire avec les mêmes héros.

Musique :

« Tu m’auras tellement plu » de Ben Mazué (2020)

Perspective d’un parent

Artiste français multiprimé, prolifique, Ben Mazué a tracé son chemin émérite d’auteur de chansons dans le paysage musical français, tout en accédant doucement mais sûrement au succès de la vente de ses disques. En 2020, son album « Paradis » emballe la critique, lui vaut une victoire de la Musique et révèle le titre « Tu m’auras tellement plu », titre soigné, qui s’inspire de sa propre vie, de l’après amour, des zones de décompression. Nul jugement, nulle colère ou encore déni, juste du recul et un constat fait sans violence : la vie est ce qu’elle est, parfois il faut accepter que certaines choses nous dépassent, il faut avancer.

Y’a des chagrins qui te choquent, te sonnent
Le folie rôde autour de ces émois
Sur les restes des amours énormes, c’est fini…

Abimés par des phrases, abimés par des gens
Abimés par l’argent et le temps qui écrasent notre histoire
Pourtant est une immense victoire
..

Mais c’est foutu, c’est fini
On a perdu, j’ai compris

« Love Triangle » de RaeLynn (2016)

Perspective d’un enfant

En 2016, le titre « Love triangle » est un hit aux Etats-Unis d’Amérique. Il vient consacrer la chanteuse texanne Raelynn, qui avait participé au télécrochet The Voice (USA) sans parvenir à décrocher le titre. L’album Wildhorse sur lequel figure le single de country music commence directement à la première place du Billboard Country Albums Chart. « Love triangle » souligne pourtant avec douceur la perspective d’un enfant dont les parents séparés se partagent la garde. Prendre parti ? Pleurer avec qui ? Comment comprendre des faits qui vous dépassent totalement ou vous précèdent ? Pourquoi l’accepter ? Pour l’enfant, le triangle d’amour s’installe. Le titre lève le voile sur la souffrance intime d’un fragile équilibre quotidien, à prendre en compte par les bonnes volontés.

And some mommas and daddies
Don’t even talk no more
And some mommas and daddies
Let their heart strings tear and tangle
And some of us get stuck
And some of us grow up
In a love triangle

Et certains papas et mamans
Ne se parlent même plus
Et certains papas et mamans
laissent les cordes de leur cœur se déchirer et s’emmêler
Et certains d’entre nous restent coincés
Et certains d’entre nous grandissent
Dans un triangle amoureux

Poésie : « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen » de Aimé Césaire (1913 – 2008)

Aimé Césaire, poète français, est connu dans le monde entier pour ses écrits et son engagement politique. Mais au-delà des discours, il y avait aussi un conjoint qui n’avait pas demandé la séparation. Suzanne Césaire le quitte en 1963. Elle était l’épouse, la partenaire mais aussi la mère de leurs six enfants. Ecrivaine prodige, enseignante et créatrice du concept de « l’homme plante ». Elle est amoureuse d’un autre. Sa mort en 1966, d’une tumeur au cerveau, est une déchirure pour tous ceux qui l’ont connue. Dans son poème « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen », Aimé Césaire évoque l’importance du pollen qui suit sa route, même si on ne le comprend pas toujours, face au désert. De l’importance de ne pas renoncer à sa bonne volonté, celle qui a voulu aimer, semer et construire avec l’autre.
Juste avant sa mort, le poète témoignera de Suzanne : « On respirait ensemble… »

Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen

N’y eût-il dans le désert
qu’une goutte d’eau qui rêve tout bas,
dans le désert n’y eût-il
qu’une graine volante qui rêve tout haut,
c’est assez,
rouillure des armes, fissure des pierres, vrac des ténèbres
désert, désert, j’endure ton défi
blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen.


Extrait « Ferrements » (1960)

* Source citation Césaire

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Le partage artistique du mois : Etre proche d’une personne qui traverse une crise suicidaire / Billie Eilish et Henri-Frédéric Amiel

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Juin 2021

Souvent oubliés, les proches des personnes en crises suicidaires descendent bien souvent eux aussi dans l’abîme sans que les personnes qu’ils veulent accompagner le réalisent.
Comment survivre à la souffrance d’un aimé, à sa déchirure, perte d’amour et d’estime qu’il a de lui-même, alors que vous, vous le trouvez si précieux ? Mais du point de vue de celui qui est en crise, comment entendre et voir à travers le voile de la douleur ? Les artistes de ce topic, avec le recul, permettent d’un peu mieux comprendre.

Musique : « Everything I wanted » de Billie Eilish (2020)

En 2020, le titre pulvérise tous les charts mondiaux contre toute attente. Le texte de la chanson est un extrait des pensées intimes d’une adolescente, il relate le rêve d’un suicide et l’impact des mots qui blessent l’âme. Mis en musique et interprété des années plus tard par Billie Eillish et son frère qui aura assisté sa sœur dans sa descente aux enfers, le texte poétique souligne la transe (rêve) de détresse de la personne en crise suicidaire et transmet ses fixations (le désir de fuir, l’isolement, la tétanie, les réminiscences des moments de douleur et le désir de mort « everything I wanted »). Aperçu aussi qui montre à quel point celui qui aime, meurt avec la personne qui se croit seul et sombre. Ici, leur victoire réside dans le fait de pouvoir le raconter, en vie, à deux.

Thought I could fly (fly)
J’ai pensé que je pouvais voler (voler)
So I stepped off the Golden, mm
Alors j’ai sauté du Golden, mm
Nobody cried (cried, cried, cried, cried)
Personne n’a pleuré (pleuré, pleuré, pleuré, pleuré)
Nobody even noticed
Personne n’a même remarqué

I had a dream
J’ai eu un rêve
I got everything I wanted
J’ai eu tout ce que je voulais
But when I wake up, I see
Mais quand je me réveille, je vois
You with me
Toi avec moi

Poésie : « Sans le savoir » de Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)

Ecrivain et philosophe suisse, Henri-Frédéric Amiel est connu pour avoir été l’auteur d’un journal intime de 17000 pages à l’ultime message d’universalité qu’il tint de 1839 à 1881. C’est après sa mort que cette œuvre monumentale est découverte. Dans son enfance, après le décès de sa mère de tuberculose quand il a 11 ans, son père se suicide deux ans plus tard en se jetant dans le Rhône. Une tragédie familiale qui marquera l’auteur. Poète au texte simple, souvent court mais résolument tourné vers le partage, Amiel est aussi connu pour avoir introduit dans les langues française et anglaise, aux alentours de 1860, le terme d’inconscient, au sens de ce qui est non conscient.

Sans le savoir

Sans le vouloir, sans le voir même,
D’un cœur éveillant le poème,
On peut, hélas ! faire souffrir,
Faire vivre et faire mourir
Ce cœur qui dans l’ombre nous aime.

Tel, dans le sol que l’homme sème,
Aux jours d’Avril, le rayon d’or
Fait tressaillir, appel suprême,
A son insu, le grain qui dort.

Extrait Il penseroso (1858)

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Le partage artistique du mois : L’apaisement / Jane Constance et Roberto Branly

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Mai / Juin 2021

Qu’importe les liens du sang, les artistes qui suivent retranscrivent l’affection profonde et la grande patience qui permettent à des êtres qui ont choisi d’avancer ensemble comme une famille, de prendre en charge leurs vulnérabilités respectives.
Pour ceux qui ont un peu plus d’expérience, contribuer à apaiser les émois de ceux dont la découverte de la vie est brutale.
Pour ceux qui sont éprouvés, accepter d’être aidés pour une vie supportable, et au mieux, un peu plus belle, afin de pouvoir transmettre à leur tour.

Musique : « A travers tes yeux » de Jane Constance (2016)

Avec ce titre, l’artiste de l’Ile Maurice pulvérise les charts en 2016. Connue en France par le biais du concours « The Voice Kids », Constance était déjà connue sur son île, dans l’Océan Indien, où elle chantait sur les grandes scènes. En 2017, elle devient la plus jeune artiste de l’UNESCO pour la paix, reconduite en 2020. Jane Constance est aveugle de naissance. Sa mère décide d’apprendre le braille très tôt pour aider sa fille à l’autonomie. La sérénité et la lumière de la voix de cette interprète exceptionnelle (qui n’hésite jamais à danser sur scène) se confirment dans une interview de 2017 où la jeune fille révèle sa paix : « Avant d’être aveugle, je suis d’abord moi, Jane »…

Même si le temps passe
Jamais je n’oublie,
Le souvenir de ma vie gravé en moi.

Poésie : « Réponse » de Roberto Branly (1920 – 2012)

Pour Roberto Branly, poète cubain, l’art poétique est un moyen de connaissance. Dans « Réponse », qu’il dédie à « à un jeune écrivain, exclusivement agnostique? » (agnostique, pour qui l’absolu est insaisissable), l’auteur propose son évidence et donne une troublante définition de ce que pourrait être la mémoire. Un chaos ou une lumière. Choisir le souvenir pour avancer : à nous de privilégier la marche, chaque jour, vers un apaisement, déjà dans cette vie.

La mémoire, simplement,
dans l’obscurité,
peut être le fil d’une épée,
le nœud dans une corde, le chaos,
la propre voix comme un marteau
dans le silence;
ou, au contraire,
une étoile jeune
brillant, étonnamment,
sur le fond de la nuit.

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Le partage artistique du mois : Dissiper la confusion / The Cranberries et Charles Baudelaire

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Mars 2021

Quand tout n’est plus très clair ; quand on ne sait plus par quel bout prendre la situation, complètement nouée. Le nœud peut se ressentir aussi dans le corps. Malaises latents. La confusion est une méprise, l’action de confondre, de prendre quelque chose ou quelqu’un, pour quelque chose, quelqu’un d’autre et nous mène parfois sur des chemins où l’on se perd. Dans ces moments embrouillés, les deux artistes de cette sélection ont trouvé des repères pour, dans un premier temps, retrouver une direction qui permettrait de comprendre sa situation ; pouvoir ensuite sortir de l’état de confusion. Démêler le nœud.

Musique : « Ode to my family » de The Cranberries (1994)

La chanteuse et auteure-compositrice irlandaise Dolores O’Riordan (1971 – 2018) écrit cette chanson en plein succès du groupe auquel elle appartient, The Cranberries. Premier groupe dirigé par une femme à prendre la première place du « Hottest 100 ». Adulé, The Cranberries est au sommet de tous les charts mondiaux mais le repère en 1994 de O’Riordan pourrait surprendre. Dans ce titre très personnel, l’autrice souligne l’amour de ses parents et de ses origines modestes : un père ouvrier agricole, puis en fauteuil roulant suite à un accident de moto et une mère, cuisinière de cantine scolaire. Une famille de neuf enfants, dont deux décèdent en bas-âge, dans une maison deux pièces, une maison intégralement brulée puis des abus sexuel que connaît la fillette durant quatre ans par une connaissance de la famille. Dolores ne retient que l’affection sincère parentale véritable de ces années terribles. Son repère. Pour éviter de se perdre, clarifier ce que l’on choisit de garder de soi.

Understand what I’ve become
Comprendre ce que je suis devenu
It wasn’t my design
Ce n’était pas ma conception

My mother, my mother
…Ma mère, ma mère
She’d hold me
Elle me prenait dans ses bras
She’d hold me when I was out there
Elle me prenait dans ses bras quand j’étais là-bas
My father, my father
Mon père, mon père
He liked me, well he liked me
Il m’aimait bien, il m’aimait bien
Does anyone care?
Quelqu’un s’en soucie ?

Poésie : « Correspondances » de Charles Baudelaire (1821 – 1867)

Dandy, critique et poète incompris, Charles Baudelaire aura fort à faire avec une réputation sulfureuse, ragots diligentés ou colportés, qui feront mettre en doute son talent et ses conceptions. En 1845, infantilisé, ruiné, l’auteur essaie de se suicider avec un poignard mais il survivra. Plus de dix ans plus tard, en 1857, il publiera Les Fleurs du Mal, œuvre d’une vie, recueil poétique absolu transmis aux générations jusqu’à aujourd’hui.
Dans le poème « Correspondances », Baudelaire, nous permet de comprendre autrement la nature qui nous entoure ; par le biais de « correspondances », trouver les repères symboliques qui permettraient de choisir en toute conscience le parfum qu’on souhaite voir sa vie répandre.

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers
.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

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Le partage artistique du mois : L’addiction et la sortie de la dépression / Rihanna et Edgar Guest

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Février 2021

Prendre sa dose et s’abandonner… Gaz hilarant, cannabis, poudre blanche ou pillules, alcool, nicotine, jeux d’argent, sexuels ou sentiments extrêmes… Un seul but : échapper à sa réalité. Celle qu’on ne veut plus voir. Quand on ne peut pas ou plus expliquer, vouloir juste tout oublier et fuir très loin. Quel qu’en soit le coût. Ne rien maîtriser tout autour mais penser au moins gérer son corps (physique et mental)… A tort.
« L’accro » est un touriste ignorant en danger de mort
.

Musique : « We found love » de Rihanna (2012)

Et si la drogue était envisagée comme un un amant toxique ?
Dans cette chanson à double lecture, la chanteuse barbadienne multiprimée Rihanna évoque l’addiction et la dépendance mais aussi le processus insinueux qui vous exclut de tout le reste : une relation exclusive toxique (amour et douleur) où l’on se perd. La douceur d’un début, puis les montées d’adrénaline et l’euphorie, avant des retours à la réalité de plus en plus brutaux… Ici la dépendance est décrite comme une passion qui devient absolue. Destructrice, elle nécessitera une résolution implacable : celle de renoncer au focus sur un plaisir qui abuse le corps et le cœur pour envisager une vision globale de sa propre vie.

Feel the heartbeat in my mind
…Sentir le battement de cœur jusque dans ma tête
It’s the way I’m feeling I just can’t deny
C’est la façon dont je me sens, je ne peux pas le nier
But I’ve gotta let it go
Mais je dois passer à autre chose
We found love in a hopeless place
Nous avons trouvé l’amour dans un endroit sans l’espoir

Poésie : « On quitting » de Edgar Albert Guest (1881 – 1959)

Edgar Albert Guest est un prolifique poète américain d’origine anglaise, (près de 11000 poèmes), journaliste, qui par ses écrits poétiques accessibles, devint populaire aux Etats-Unis (shows radios et télévisés). Dans « On quitting », Guest souligne un angle inédit de l’addiction : au delà d’une dépendance malsaine, il y a l’attachement pour une expérience et des habitudes de vie, même si elles doivent être délaissées, à prendre en compte. Un combat terrible pour unifier l’esprit (résolution de quitter) et le corps (à reprogrammer), tout en évitant le retour au vide qui avait motivé la fuite. Une lutte à respecter par l’entourage qui ne devrait pas juger mais aider.

On quitting

How much grit do you think you’ve got?
Can you quit a thing that you like a lot?
You may talk of pluck; it’s an easy word,
And where’er you go it is often heard;
But can you tell to a jot or guess
Just how much courage you now possess?

You may stand to trouble and keep your grin,
But have you tackled self-discipline?
Have you ever issued commands to you
To quit the things that you like to do,
And then, when tempted and sorely swayed,
Those rigid orders have you obeyed?

Don’t boast of your grit till you’ve tried it out,
Nor prate to men of your courage stout,
For it’s easy enough to retain a grin
In the face of a fight there’s a chance to win,
But the sort of grit that is good to own
Is the stuff you need when you’re all alone.

How much grit do you think you’ve got?
Can you turn from joys that you like a lot?
Have you ever tested yourself to know
How far with yourself your will can go?
If you want to know if you have grit,
Just pick out a joy that you like, and quit.

It’s bully sport and it’s open fight;
It will keep you busy both day and night;
For the toughest kind of a game you’ll find
Is to make your body obey your mind.
And you never will know what is meant by grit
Unless there’s something you’ve tried to quit.

Traduction de On quitting (Sur le fait de délaisser) en français

Quelle est la quantité de cran que vous pensez avoir ?
Pouvez-vous abandonner une chose que vous aimez beaucoup ?
Vous pouvez parler de courage, c’est un mot facile,
Et où que vous alliez, on l’entend souvent ;
Mais pouvez-vous dire ou deviner
Quel est l’état de votre courage actuel ?

Vous pouvez vous mettre en difficulté et garder le sourire,
Mais avez-vous abordé l’autodiscipline ?
Avez-vous déjà donné des ordres
Pour arrêter les choses que vous aimez faire,
Et puis, lorsqu’elles sont tentées et qu’on se laisse aller,
Avez-vous obéi à ces ordres rigides ?

Ne vous vantez pas de votre cran tant que vous n’avez pas essayé,
Ne prêchez pas non plus aux hommes sur votre courage,
Car il est assez facile de garder le sourire
Face à un combat où il y a une chance de gagner,
Mais le genre de cran qu’il est bon de posséder,
Est celui dont vous avez besoin quand vous êtes tout seul.

Quel cran pensez-vous avoir ?
Pouvez-vous vous détourner des joies que vous aimez tant ?
Vous êtes-vous déjà testé pour savoir
Jusqu’où votre volonté peut aller ?
Si vous voulez savoir si vous avez du cran,
Choisissez en une parmi les joies qui vous enchantent et délaissez-la.

C’est un exercice de brutes et c’est un combat ouvert ;
Qui vous tient occupé jour et nuit ;
Car le jeu le plus difficile que vous trouverez;
est de faire en sorte que votre corps obéisse à votre esprit.
Et vous ne saurez jamais ce qu’on entend par cran
A moins d’avoir essayé d’arrêter quelque chose.

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Le partage artistique du mois : Reconnaître la jalousie / John Lennon, Labrinth et Georges Rodenbach

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Décembre 2020 / Janvier 2021

Quand le désir de possession s’ajoute à la fascination de ce qu’est ou de ce qu’a l’autre pour mieux le détruire… Sentiment insinueux, tempête qui naît dans les profondeurs de soi et qui finit par tout submerger. Briser le cycle de ce sentiment envahissant, jalousie qui bouscule tout, qui s’ancre, à devenir irrépressible. Ni amour, ni prétexte, mais est-il facile de reconnaître son manque ? Les auteurs de ce partage expriment ce moment unique et fragile de la prise de conscience de sa jalousie, de l’acceptation de ses propres limites.

Musique : « Jealous » de Labrinth (2014)

L’artiste anglais d’origine jamaicaine et canadienne, pulvérise tous les charts avec la sortie de « Jealous » en 2014. Et pourtant, le titre est la confession d’un être dans le pire de sa vulnérabilité, qui s’est cru le plus fort, qui a voulu jouer et qui a perdu. Jalouser l’autre. De tout son cœur.
Et le réaliser enfin pour être en mesure de passer à autre chose.

… I told you when you left me there’s nothing to forgive
… Je t’ai dit quand tu me quittais qu’il n’y avait rien à pardonner
But I always thought you’d come back, tell me all you found was
Heartbreak and misery

Mais j’ai toujours pensé que tu reviendrais, me confiant que tu n’avais trouvé que coeur brisé et misère
It’s hard for me to say, I’m jealous of the way you’re happy without me
C’est dur pour moi de le dire, je suis jaloux de la façon dont tu es heureux sans moi
… Oh, as I die here another day, cause all I do is cry behind this smile
Oh, voici comme je meurs ici un jour de plus parce que tout ce que je fais, c’est pleurer derrière ce sourire

« Jealous guy » de John Lennon (1971)

John Lennon (1940 – 1980) écrit cette chanson dès 1968 (publiée en 1971) suite à sa retraite en Inde. L’artiste est adulé mais ce titre est sa confession sur ses défaillances. Lennon, avec un recul, y détaille le processus de la crise de jalousie : l’insécurité profonde, le désir d’impressionner malgré tout, la maladresse, la projection de ses craintes sur l’autre, le sentiment d’échec intrusif jusqu’à la perte de contrôle. Ici, aucun bouc émissaire, juste la reconnaissance de ses limites et des excuses sans faux-semblant où il veut s’assurer que la victime sait qu’elle n’est coupable de rien.

I was trying to catch your eyes
J’essayais d’attirer ton attention
Thought that you was trying to hide
Je pensais que tu essayais de te cacher
I was swallowing my pain
J’avalais ma douleur
Watch out baby I’m just a jealous guy
Attention bébé, je suis juste un gars jaloux

Poésie : « Seul » de Georges Rodenbach (1855 – 1898)

Georges Rodenbach ou le chantre de Bruges est le premier écrivain Belge à voir une de ses œuvres, Le Voile, mise au répertoire de la Comédie-Française dès le 19eme siècle. La dandy est pourtant poète des profondeurs de l’être. Dans le poème « Seul », il crie la douleur de la situation de détresse qui n’est connue de personne d’autre que soi, exil de l’âme.
Et si la fin de l’exil était le fait de partager enfin sa perception des choses, fût-ce difficile, pour pouvoir accepter la réalité de ses limites et tourner la page ?

Seul

Vivre comme en exil, vivre sans voir personne
Dans l’immense abandon d’une ville qui meurt,
Où jamais l’on n’entend que la vague rumeur
D’un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.

Se sentir éloigné des âmes, des cerveaux
Et de tout ce qui porte au front un diadème ;
Et, sans rien éclairer, se consumer soi-même
Tel qu’une lampe vaine au fond de noirs caveaux.

Être comme un vaisseau qui rêvait d’un voyage
Triomphal et joyeux vers le rouge équateur
Et qui se heurte à des banquises de froideur
Et se sent naufrager sans laisser un sillage.

Oh ! vivre ainsi ! tout seul, tout seul ! voir se flétrir
La blanche floraison de son Âme divine,
Dans le dédain de tous et sans qu’aucun devine,
Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir !

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Le partage artistique du mois : Se relever de la désillusion / Taemin et Nicole Cage

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Novembre 2020 / Partenariat Ut Fortis – La Différence

Se perdre… Et après ?
Désarroi, tristesse infinie, rage parfois, mais comment se relever de la profonde et cachée désillusion ? Quand la nuit tombe sur les rêves intimes et qu’il faut difficilement retrouver un chemin vers la sérénité joyeuse ? Taemin et Nicole Cage illustrent cette étape délicate par l’action : aller chercher en soi une idée pour se renouveler…

Musique : IDEA de Taemin (2020)

A  sa sortie, en novembre 2020, le hit de l’artiste coréen pulvérise les charts sur les sites affectionnés par la nouvelle génération. Et pourtant, c’est de la philosophie platonicienne !
« Le titre « IDEA » a été inspiré par l’allégorie de la caverne de Platon… Au lieu d’être « piégé dans une grotte » et de vivre dans l’ombre de la vérité, je veux me libérer de l’obscurité et m’embarquer dans un voyage d’illumination où je découvre un nouvel ego, une identité et un sens ».
(Interview de Taemin extraite du magazine Hypebae de novembre 2020).
La vidéo symbolique qui joue sur le contraste des couleurs illustre la métamorphose et la venue de cette idée lumineuse qui surgit et sauve tel un messie, l’individu d’une situation infernale, qui l’engouffrait toujours plus loin dans le feu de la détresse. Combat intérieur (danse) pour pouvoir sortir à la lumière de soi-même.

깊은 곳에 핀 꿈이여
Le rêve qui a fleuri
밤을 안은 채로
Au cœur des illusions de la nuit
짙어지는 Shadow
n’est rien d’autre qu’une ombre…

내 속에 너를 도려낸 밤
La nuit qui a déchiré nos cœurs
(Killing me softly, killing me softly)
(Me tuant à petit feu, me tuant à petit feu)
끝내 새로운 눈을 뜬 나J’ai enfin ouvert les yeux 

Poésie : « Je ne suis pas poète » de Nicole Cage

La poétesse caribéenne multiprimée en poésie, également membre du Jury du concours international la Différence, écrit ce texte surprenant dans la première décennie 2000 « Je ne suis pas poète » et analyse le feu de l’incertitude et du désarroi quand on se perd, à la recherche de ce que l’on croit savoir de soi. Le poème s’inspire de sa propre histoire, une écrivaine plébiscitée dans le monde entier, restée attachée à son île natale et qui mettra du temps à faire de son hypersensibilité et de la solitude qu’elle peut parfois provoquer, sa richesse et sa lumière.

L’on me dit poète
Je ne sais je ne sais
Je tente seulement d’écouter le vent
Et de percer dans son murmure
Le secret de ma vie
Je ne sais je ne sais
J’essaie simplement de résister à l’appel
De la travailleuse de l’ombre
Non je ne suis pas poète
Je ne sais qu’écouter
Les pulsations de la terre
Tâchant d’y découvrir la voie de ma légende intime
Égarée en cette vie
Je parcours la forêt des mots
Dans l’espoir d’y trouver
Le sens de l’absurde
Mais je me perds encore
encore
encore
Confondant un mot et une feuille
Une virgule et une fleur
Une strophe et un arbre
Et je m’égare encore
Dormant parmi les ronces
Appelant la lumière
Escomptant l’éveil du soleil
Signal du retour à la vie
En mes veines en mon cœur
Les tessons d’une bouteille brisée
A moins que ce ne soient les ronces acérées
D’une étrange forêt
M’ont lacéré la peau
M’ont violenté les pieds
Stigmates d’un voyage aux confins des ténèbres
Dont je veux ressurgir
Vierge
Inatteinte
Mais ne sachant tout de même pas ce que c’est qu’un poète
Et sachant encore moins
Si je ne le suis qu’un peu
J’en sais seulement davantage
Sur mes faiblesses et ma lumière
Et sur ma soif de vivre
Jusque et par-delà l’ultime pulsation de mon cœur

Découvrir la rubrique "Le partage artistique du mois"
A chaque fois, une vidéo musicale et un poème
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2021 s’annonce : un seul être vous manque… Louis Armstrong et Alphonse de Lamartine

2021 s’annonce, des fêtes sont dans l’air. Mais le décès d’un être cher ou une situation insoutenable peuvent être difficiles à vivre.

Essayons l’inspiration.
Faites y un tour ou retrouvez les partages artistiques sur les thématiques suivants (le thème précède le nom des artistes) :

Mais encore ?

« Un seul être vous manque… »

Citation extraite du vers « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » du poème « Isolement » écrit par Alphonse de Lamartine (1790 – 1869) paru dans l’ouvrage Méditations poétiques en 1820.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Lamartine, isolé, peine à trouver la ressource auprès de la nature. Il confie son mal de vivre et son désir de mourir après le décès prématurée de la femme qu’il aime, malade de la tuberculose. Le poète trouvera pourtant la force pour continuer à vivre et s’investir (il sera élu à l’Académie Française neuf ans plus tard puis deviendra député pour sa région.)
Lire L’isolement.

Un monde merveilleux ?

Rien de mieux que la sagesse de Louis Armstrong (1901 – 1971), qui en 1967, chante « What a wonderful world ». La vidéo qui suit continent l’introduction originale de 1970 avec le Oliver Nelson’s Orchestra, où il explique la chanson :
« Certains me demandent : pourquoi cette chanson « What a wonderful world » (Quel monde merveilleux). Tu penses qu’il est merveilleux ? Et la faim, et la pollution ?… Mais il me semble que le monde n’est pas si mauvais... C’est ce que nous y faisons… Tout ce que je dis, c’est que le monde serait merveilleux, si on lui donnait une chance… Amour, voilà le secret… »

A sa sortie, la chanson n’aura aucun succès aux Etats-Unis, pays d’Armstrong… mais elle sera appréciée sans commune mesure en Angleterre puis en Europe pour un retentissement finalement mondial. Valeur d’une autre chance si on décide de la saisir…

Image d’illustration d’article par le designer allemand Gerd Altmann

Le partage artistique du mois : faire face à la peur de l’avenir / Peter Gabriel et Birago Diop

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Octobre / Novembre 2020

La peur de l’avenir et l’incertitude d’une voie qu’on ne maîtrise plus. Les artistes présentés dans cet article décrivent des individus qui ont l’impression d’évoluer dans des sables mouvants et de s’enliser quoi qu’ils fassent. Peter Gabriel et Birago Diop dans leurs écrits artistiques ont leurs solutions : l’aide de ceux qui vivent la situation autrement, le temps que la crise passe. Etre vivant au présent compte.

Musique : « Don’t give up » de Peter Gabriel en duo avec Kate Bush (1986)

Le titre « Don’t Give Up » (N’abandonne pas), est un duo qui relate le dialogue entre un chômeur désespéré et sa femme. Peter Gabriel, artiste anglais, s’inspira des photographies d’Américains victimes de la Grande Dépression dans les années 30 prises par la photographe Dorothea Lange. Le titre est une plongée dans l’intimité psychique profonde de celui dont la vie bascule, qui croit avoir déjà tant perdu et ressent une peur absolue pour l’avenir. La consolation de Kate Bush est remplie de tendresse mais sans appel : la situation est ce qu’elle est mais c’est à toi de ne pas renoncer, tu n’es pas le seul.

I am a man whose dreams have all deserted…
Je suis un homme dont les rêves ont tous déserté…

Don’t give up
N’abandonne pas
You still have us
Nous sommes toujours là

Poésie : « A quoi tient l’amour ? » de Birago Diop (1906 – 1989)

Vétérinaire de brousse (au Soudan, en Côte d’Ivoire, en Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui), en Mauritanie), Birago Diop fût aussi un poète qui a laissé une empreinte indélébile dans la littérature francophone en traduisant les contes traditionnels de son continent.
Dans son poème « A quoi tient l’amour ? », Diop nous renvoie à une vie qui semble soudain embrouillée. Mais quand les espoirs s’écroulent, une question peut mettre en évidence la réalité d’un présent que l’on devrait commencer par aborder simplement pour en trouver le fil.

A quoi tient l’amour ?

Aux mots, à leur accent, aux choses,
Aux mille questions que l’on pose.
Au lourd silence inopportun,
Aux rêves qui fuient un à un ;

Aux sanglots réduits au silence,
Au lourd silence fait de souffrance,
Aux souffrances faites d’aveux
Qu’on ne dit plus dès qu’on est deux ;

A l’aspect des lieux que l’on hante,
Aux mots qu’on ne dit pas, aux mots
Qu’on a dits peut-être trop tôt,

Aux nerfs sensibles d’une amante
Et à l’énervance de l’air
Un soir trop parfumé, trop clair.

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