Le partage artistique du mois : Etre proche d’une personne qui traverse une crise suicidaire / Billie Eilish et Henri-Frédéric Amiel

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Juin 2021

Souvent oubliés, les proches des personnes en crises suicidaires descendent bien souvent eux aussi dans l’abîme sans que les personnes qu’ils veulent accompagner le réalisent.
Comment survivre à la souffrance d’un aimé, à sa déchirure, perte d’amour et d’estime qu’il a de lui-même, alors que vous, vous le trouvez si précieux ? Mais du point de vue de celui qui est en crise, comment entendre et voir à travers le voile de la douleur ? Les artistes de ce topic, avec le recul, permettent d’un peu mieux comprendre.

Musique : « Everything I wanted » de Billie Eilish (2020)

En 2020, le titre pulvérise tous les charts mondiaux contre toute attente. Le texte de la chanson est un extrait des pensées intimes d’une adolescente, il relate le rêve d’un suicide et l’impact des mots qui blessent l’âme. Mis en musique et interprété des années plus tard par Billie Eillish et son frère qui aura assisté sa sœur dans sa descente aux enfers, le texte poétique souligne la transe (rêve) de détresse de la personne en crise suicidaire et transmet ses fixations (le désir de fuir, l’isolement, la tétanie, les réminiscences des moments de douleur et le désir de mort « everything I wanted »). Aperçu aussi qui montre à quel point celui qui aime, meurt avec la personne qui se croit seul et sombre. Ici, leur victoire réside dans le fait de pouvoir le raconter, en vie, à deux.

Thought I could fly (fly)
J’ai pensé que je pouvais voler (voler)
So I stepped off the Golden, mm
Alors j’ai sauté du Golden, mm
Nobody cried (cried, cried, cried, cried)
Personne n’a pleuré (pleuré, pleuré, pleuré, pleuré)
Nobody even noticed
Personne n’a même remarqué

I had a dream
J’ai eu un rêve
I got everything I wanted
J’ai eu tout ce que je voulais
But when I wake up, I see
Mais quand je me réveille, je vois
You with me
Toi avec moi

Poésie : « Sans le savoir » de Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)

Ecrivain et philosophe suisse, Henri-Frédéric Amiel est connu pour avoir été l’auteur d’un journal intime de 17000 pages à l’ultime message d’universalité qu’il tint de 1839 à 1881. C’est après sa mort que cette œuvre monumentale est découverte. Dans son enfance, après le décès de sa mère de tuberculose quand il a 11 ans, son père se suicide deux ans plus tard en se jetant dans le Rhône. Une tragédie familiale qui marquera l’auteur. Poète au texte simple, souvent court mais résolument tourné vers le partage, Amiel est aussi connu pour avoir introduit dans les langues française et anglaise, aux alentours de 1860, le terme d’inconscient, au sens de ce qui est non conscient.

Sans le savoir

Sans le vouloir, sans le voir même,
D’un cœur éveillant le poème,
On peut, hélas ! faire souffrir,
Faire vivre et faire mourir
Ce cœur qui dans l’ombre nous aime.

Tel, dans le sol que l’homme sème,
Aux jours d’Avril, le rayon d’or
Fait tressaillir, appel suprême,
A son insu, le grain qui dort.

Extrait Il penseroso (1858)

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