#JMPS 2021 – Le podcast dédié JMPS est en ligne : « Déclamer cette vie »

Christina Goh, initiatrice du site « Ut Fortis » déclame une sélection d’extraits poétiques de poètes référents sur la thématique de la Journée Mondiale de prévention du Suicide 2021 « Créer l’espoir par l’action ».
« Accepterez-vous… De vous poser quelque peu afin que nous déclamions cette vie ? »

Podcast également disponible sur Apple, Spotify.

Les textes poétiques et leurs références

«La poésie est cette musique que tout homme porte en soi.»

William Shakespeare

« Les morts ne sont pas morts »

Birago Diop Le souffle des ancêtres

« Déclamer cette vie« 

Vous ne saurez jamais

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.

Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.


 Marguerite Yourcenar, Les charités d’Alcippe

Je croyais que mon voyage touchait à sa fin,
ayant atteint l’extrême limite de mon pouvoir,
– que le sentier devant moi s’arrêtait,
que mes provisions étaient épuisées
et que le temps était venu de prendre retraite
dans une silencieuse obscurité.

Mais je découvre que ta volonté ne connaît pas de fin en moi.
Et quand les vieilles paroles expirent sur la langue,
de nouvelles mélodies jaillissent du cœur ;

et là où les vieilles pistes sont perdues,
une nouvelle contrée se découvre avec ses merveilles.


Rabindranath Tagore L’Offrande lyrique

L’ardeur

Rire ou pleurer, mais que le coeur
Soit plein de parfums comme un vase,
Et contienne jusqu’à l’extase
La force vive ou la langueur.

Avoir la douleur ou la joie,
Pourvu que le coeur soit profond
Comme un arbre où des ailes font
Trembler le feuillage qui ploie ;

S’en aller pensant ou rêvant,
Mais que le coeur donne sa sève
Et que l’âme chante et se lève
Comme une vague dans le vent.

Que le coeur s’éclaire ou se voile,
Qu’il soit sombre ou vif tour à tour,
Mais que son ombre et que son jour
Aient le soleil ou les étoiles…


Anna de Noailles, Le coeur innombrable

Le partage artistique du mois : Refuser de sombrer (tenir) / Neneh Cherry et Obaidullah Baheer

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Août 2021

Grandes catastrophes, douleurs incontrôlées et profondes, carences absolues, la mort sur l’écran ou autour de soi, renier ou nier, partir et s’isoler… Avec les conséquences désastreuses à plus ou moins long terme du retour au monde réel… Ou encore détruire ou se laisser mourir, l’air de rien. Ce sont les réflexes. Les artistes de ce topic ont fait avec le monde tel qu’il s’offre à eux dans toutes ses carences, « faire avec », leurs œuvres témoignent d’un refus : celui de sombrer. Pistes pour tenir.

Musique : « 7 Seconds » de Neneh Cherry & Youssou N’Dour (1994)

Le titre à succès rappelle, d’après Neneh Cherry, rappeuse, DJ et auteure-compositrice, les premières secondes d’un humain sur terre avant d’être rattrapé par le contexte de sa naissance.
Neneh Cherry, née et ayant grandi en Suède, de mère suédoise et de père Sierra-Léonais, aura passé une partie de son enfance avec un beau-père africain-américain. Entre hip hop et scène post-punk anglaise, jonglant entre les cultures et les idées préconçues, Neneh Cherry aura tracé une voie de « star » différente : artiste primée aux Brit Awards ou MTV awards, également simple volontaire dans des initiatives d’entraide. En 1994, Cherry se remet de la maladie de lyme encore peu connue à l’époque, et dont elle a souffert plusieurs années. Elle collabore avec le chanteur sénégalais Youssou N’Dour sur le titre « 7 seconds » qui deviendra la chanson la plus célèbre de la discographie des artistes. La vidéo en noir et blanc et en gros plans assumés tranchent. Trois langues, en anglais, wolof et français, pour une invitation directe à tenir en nous rappelant de qui nous sommes : des êtres humains nés sans préjugés.

Boul ma sene, boul ma guiss madi re nga fokni mane
Ne me regarde pas de loin, ne regarde pas mon sourire, en pensant que je ne sais pas
Khamouma li neka thi sama souf ak thi guinaw

Ce qui est au-dessus et sous moi
…And when a child is born into this world
Et quand un enfant naît dans ce monde
It has no concept
Il n’a aucun concept
Of the tone the skin is living in
Sur la teinte de la peau dans laquelle il vit
It’s not a second
Ce n’est pas une seconde
We’re 7 seconds away
Nous sommes à 7 secondes
Just as long as I stay
Juste assez longtemps pour que je reste
I’ll be waiting
J’attendrai

Poésie : « Vision » de Obaidullah Baheer (2016)

Dans ces écrits, le poète afghan et enseignant, Obaidullah Baheer, atteste de son vécu difficile (une enfance sous les bombes, un père enlevé et « disparu », un quotidien de guerre civile en Afghanistan), mais il respire encore. Et l’auteur transmet son amour par toutes les voies possibles depuis et pour sa contrée, avec toutes ses composantes.
« Voir » avec quel regard ?

Vision

I’m half blind
in one eye,
which makes me quarter blind.

It doesn’t bother me though.

The flower doesn’t need eyes
to see the sun

Vision

Je suis à moitié aveugle
d’un œil,
ce qui fait que je suis aveugle au quart.

Mais ça ne me tracasse pas.

La fleur n’a pas besoin d’yeux
pour voir le soleil

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Le partage artistique du mois : Supporter la séparation, le divorce / Ben Mazué, RaeLynn et Aimé Césaire

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Juillet 2021

Un sujet peu évoqué, aux conséquences parfois dramatiques, relevant de la sphère très intime. Mal vécus, la séparation, le divorce traversés par ceux qui ont voulu essayer de fonder une famille malgré les obstacles, sont une épine discrète mais profonde dans le pied, dont la blessure peut se transformer en gangrène insidieuse et ravager tout le reste. Les artistes de ce topic illustrent les failles d’une séparation, trou béant de l’intérieur qui agite l’extérieur et ses calmes apparences. Ne connaissait-on donc pas l’autre ? Comment, quand s’est-on trompé ? S’est-on trompé ? Passer à autre chose mais comment rayer une part de son existence, de son intimité, de soi ?
Peut-être écrire une autre histoire avec les mêmes héros.

Musique :

« Tu m’auras tellement plu » de Ben Mazué (2020)

Perspective d’un parent

Artiste français multiprimé, prolifique, Ben Mazué a tracé son chemin émérite d’auteur de chansons dans le paysage musical français, tout en accédant doucement mais sûrement au succès de la vente de ses disques. En 2020, son album « Paradis » emballe la critique, lui vaut une victoire de la Musique et révèle le titre « Tu m’auras tellement plu », titre soigné, qui s’inspire de sa propre vie, de l’après amour, des zones de décompression. Nul jugement, nulle colère ou encore déni, juste du recul et un constat fait sans violence : la vie est ce qu’elle est, parfois il faut accepter que certaines choses nous dépassent, il faut avancer.

Y’a des chagrins qui te choquent, te sonnent
Le folie rôde autour de ces émois
Sur les restes des amours énormes, c’est fini…

Abimés par des phrases, abimés par des gens
Abimés par l’argent et le temps qui écrasent notre histoire
Pourtant est une immense victoire
..

Mais c’est foutu, c’est fini
On a perdu, j’ai compris

« Love Triangle » de RaeLynn (2016)

Perspective d’un enfant

En 2016, le titre « Love triangle » est un hit aux Etats-Unis d’Amérique. Il vient consacrer la chanteuse texanne Raelynn, qui avait participé au télécrochet The Voice (USA) sans parvenir à décrocher le titre. L’album Wildhorse sur lequel figure le single de country music commence directement à la première place du Billboard Country Albums Chart. « Love triangle » souligne pourtant avec douceur la perspective d’un enfant dont les parents séparés se partagent la garde. Prendre parti ? Pleurer avec qui ? Comment comprendre des faits qui vous dépassent totalement ou vous précèdent ? Pourquoi l’accepter ? Pour l’enfant, le triangle d’amour s’installe. Le titre lève le voile sur la souffrance intime d’un fragile équilibre quotidien, à prendre en compte par les bonnes volontés.

And some mommas and daddies
Don’t even talk no more
And some mommas and daddies
Let their heart strings tear and tangle
And some of us get stuck
And some of us grow up
In a love triangle

Et certains papas et mamans
Ne se parlent même plus
Et certains papas et mamans
laissent les cordes de leur cœur se déchirer et s’emmêler
Et certains d’entre nous restent coincés
Et certains d’entre nous grandissent
Dans un triangle amoureux

Poésie : « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen » de Aimé Césaire (1913 – 2008)

Aimé Césaire, poète français, est connu dans le monde entier pour ses écrits et son engagement politique. Mais au-delà des discours, il y avait aussi un conjoint qui n’avait pas demandé la séparation. Suzanne Césaire le quitte en 1963. Elle était l’épouse, la partenaire mais aussi la mère de leurs six enfants. Ecrivaine prodige, enseignante et créatrice du concept de « l’homme plante ». Elle est amoureuse d’un autre. Sa mort en 1966, d’une tumeur au cerveau, est une déchirure pour tous ceux qui l’ont connue. Dans son poème « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen », Aimé Césaire évoque l’importance du pollen qui suit sa route, même si on ne le comprend pas toujours, face au désert. De l’importance de ne pas renoncer à sa bonne volonté, celle qui a voulu aimer, semer et construire avec l’autre.
Juste avant sa mort, le poète témoignera de Suzanne : « On respirait ensemble… »

Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen

N’y eût-il dans le désert
qu’une goutte d’eau qui rêve tout bas,
dans le désert n’y eût-il
qu’une graine volante qui rêve tout haut,
c’est assez,
rouillure des armes, fissure des pierres, vrac des ténèbres
désert, désert, j’endure ton défi
blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen.


Extrait « Ferrements » (1960)

* Source citation Césaire

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Le partage artistique du mois : Etre proche d’une personne qui traverse une crise suicidaire / Billie Eilish et Henri-Frédéric Amiel

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Juin 2021

Souvent oubliés, les proches des personnes en crises suicidaires descendent bien souvent eux aussi dans l’abîme sans que les personnes qu’ils veulent accompagner le réalisent.
Comment survivre à la souffrance d’un aimé, à sa déchirure, perte d’amour et d’estime qu’il a de lui-même, alors que vous, vous le trouvez si précieux ? Mais du point de vue de celui qui est en crise, comment entendre et voir à travers le voile de la douleur ? Les artistes de ce topic, avec le recul, permettent d’un peu mieux comprendre.

Musique : « Everything I wanted » de Billie Eilish (2020)

En 2020, le titre pulvérise tous les charts mondiaux contre toute attente. Le texte de la chanson est un extrait des pensées intimes d’une adolescente, il relate le rêve d’un suicide et l’impact des mots qui blessent l’âme. Mis en musique et interprété des années plus tard par Billie Eillish et son frère qui aura assisté sa sœur dans sa descente aux enfers, le texte poétique souligne la transe (rêve) de détresse de la personne en crise suicidaire et transmet ses fixations (le désir de fuir, l’isolement, la tétanie, les réminiscences des moments de douleur et le désir de mort « everything I wanted »). Aperçu aussi qui montre à quel point celui qui aime, meurt avec la personne qui se croit seul et sombre. Ici, leur victoire réside dans le fait de pouvoir le raconter, en vie, à deux.

Thought I could fly (fly)
J’ai pensé que je pouvais voler (voler)
So I stepped off the Golden, mm
Alors j’ai sauté du Golden, mm
Nobody cried (cried, cried, cried, cried)
Personne n’a pleuré (pleuré, pleuré, pleuré, pleuré)
Nobody even noticed
Personne n’a même remarqué

I had a dream
J’ai eu un rêve
I got everything I wanted
J’ai eu tout ce que je voulais
But when I wake up, I see
Mais quand je me réveille, je vois
You with me
Toi avec moi

Poésie : « Sans le savoir » de Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)

Ecrivain et philosophe suisse, Henri-Frédéric Amiel est connu pour avoir été l’auteur d’un journal intime de 17000 pages à l’ultime message d’universalité qu’il tint de 1839 à 1881. C’est après sa mort que cette œuvre monumentale est découverte. Dans son enfance, après le décès de sa mère de tuberculose quand il a 11 ans, son père se suicide deux ans plus tard en se jetant dans le Rhône. Une tragédie familiale qui marquera l’auteur. Poète au texte simple, souvent court mais résolument tourné vers le partage, Amiel est aussi connu pour avoir introduit dans les langues française et anglaise, aux alentours de 1860, le terme d’inconscient, au sens de ce qui est non conscient.

Sans le savoir

Sans le vouloir, sans le voir même,
D’un cœur éveillant le poème,
On peut, hélas ! faire souffrir,
Faire vivre et faire mourir
Ce cœur qui dans l’ombre nous aime.

Tel, dans le sol que l’homme sème,
Aux jours d’Avril, le rayon d’or
Fait tressaillir, appel suprême,
A son insu, le grain qui dort.

Extrait Il penseroso (1858)

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Le partage artistique du mois : L’apaisement / Jane Constance et Roberto Branly

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Mai / Juin 2021

Qu’importe les liens du sang, les artistes qui suivent retranscrivent l’affection profonde et la grande patience qui permettent à des êtres qui ont choisi d’avancer ensemble comme une famille, de prendre en charge leurs vulnérabilités respectives.
Pour ceux qui ont un peu plus d’expérience, contribuer à apaiser les émois de ceux dont la découverte de la vie est brutale.
Pour ceux qui sont éprouvés, accepter d’être aidés pour une vie supportable, et au mieux, un peu plus belle, afin de pouvoir transmettre à leur tour.

Musique : « A travers tes yeux » de Jane Constance (2016)

Avec ce titre, l’artiste de l’Ile Maurice pulvérise les charts en 2016. Connue en France par le biais du concours « The Voice Kids », Constance était déjà connue sur son île, dans l’Océan Indien, où elle chantait sur les grandes scènes. En 2017, elle devient la plus jeune artiste de l’UNESCO pour la paix, reconduite en 2020. Jane Constance est aveugle de naissance. Sa mère décide d’apprendre le braille très tôt pour aider sa fille à l’autonomie. La sérénité et la lumière de la voix de cette interprète exceptionnelle (qui n’hésite jamais à danser sur scène) se confirment dans une interview de 2017 où la jeune fille révèle sa paix : « Avant d’être aveugle, je suis d’abord moi, Jane »…

Même si le temps passe
Jamais je n’oublie,
Le souvenir de ma vie gravé en moi.

Poésie : « Réponse » de Roberto Branly (1920 – 2012)

Pour Roberto Branly, poète cubain, l’art poétique est un moyen de connaissance. Dans « Réponse », qu’il dédie à « à un jeune écrivain, exclusivement agnostique? » (agnostique, pour qui l’absolu est insaisissable), l’auteur propose son évidence et donne une troublante définition de ce que pourrait être la mémoire. Un chaos ou une lumière. Choisir le souvenir pour avancer : à nous de privilégier la marche, chaque jour, vers un apaisement, déjà dans cette vie.

La mémoire, simplement,
dans l’obscurité,
peut être le fil d’une épée,
le nœud dans une corde, le chaos,
la propre voix comme un marteau
dans le silence;
ou, au contraire,
une étoile jeune
brillant, étonnamment,
sur le fond de la nuit.

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Le partage artistique du mois : Dissiper la confusion / The Cranberries et Charles Baudelaire

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Mars 2021

Quand tout n’est plus très clair ; quand on ne sait plus par quel bout prendre la situation, complètement nouée. Le nœud peut se ressentir aussi dans le corps. Malaises latents. La confusion est une méprise, l’action de confondre, de prendre quelque chose ou quelqu’un, pour quelque chose, quelqu’un d’autre et nous mène parfois sur des chemins où l’on se perd. Dans ces moments embrouillés, les deux artistes de cette sélection ont trouvé des repères pour, dans un premier temps, retrouver une direction qui permettrait de comprendre sa situation ; pouvoir ensuite sortir de l’état de confusion. Démêler le nœud.

Musique : « Ode to my family » de The Cranberries (1994)

La chanteuse et auteure-compositrice irlandaise Dolores O’Riordan (1971 – 2018) écrit cette chanson en plein succès du groupe auquel elle appartient, The Cranberries. Premier groupe dirigé par une femme à prendre la première place du « Hottest 100 ». Adulé, The Cranberries est au sommet de tous les charts mondiaux mais le repère en 1994 de O’Riordan pourrait surprendre. Dans ce titre très personnel, l’autrice souligne l’amour de ses parents et de ses origines modestes : un père ouvrier agricole, puis en fauteuil roulant suite à un accident de moto et une mère, cuisinière de cantine scolaire. Une famille de neuf enfants, dont deux décèdent en bas-âge, dans une maison deux pièces, une maison intégralement brulée puis des abus sexuel que connaît la fillette durant quatre ans par une connaissance de la famille. Dolores ne retient que l’affection sincère parentale véritable de ces années terribles. Son repère. Pour éviter de se perdre, clarifier ce que l’on choisit de garder de soi.

Understand what I’ve become
Comprendre ce que je suis devenu
It wasn’t my design
Ce n’était pas ma conception

My mother, my mother
…Ma mère, ma mère
She’d hold me
Elle me prenait dans ses bras
She’d hold me when I was out there
Elle me prenait dans ses bras quand j’étais là-bas
My father, my father
Mon père, mon père
He liked me, well he liked me
Il m’aimait bien, il m’aimait bien
Does anyone care?
Quelqu’un s’en soucie ?

Poésie : « Correspondances » de Charles Baudelaire (1821 – 1867)

Dandy, critique et poète incompris, Charles Baudelaire aura fort à faire avec une réputation sulfureuse, ragots diligentés ou colportés, qui feront mettre en doute son talent et ses conceptions. En 1845, infantilisé, ruiné, l’auteur essaie de se suicider avec un poignard mais il survivra. Plus de dix ans plus tard, en 1857, il publiera Les Fleurs du Mal, œuvre d’une vie, recueil poétique absolu transmis aux générations jusqu’à aujourd’hui.
Dans le poème « Correspondances », Baudelaire, nous permet de comprendre autrement la nature qui nous entoure ; par le biais de « correspondances », trouver les repères symboliques qui permettraient de choisir en toute conscience le parfum qu’on souhaite voir sa vie répandre.

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers
.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

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Le partage artistique du mois : Reconnaître la jalousie / John Lennon, Labrinth et Georges Rodenbach

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Décembre 2020 / Janvier 2021

Quand le désir de possession s’ajoute à la fascination de ce qu’est ou de ce qu’a l’autre pour mieux le détruire… Sentiment insinueux, tempête qui naît dans les profondeurs de soi et qui finit par tout submerger. Briser le cycle de ce sentiment envahissant, jalousie qui bouscule tout, qui s’ancre, à devenir irrépressible. Ni amour, ni prétexte, mais est-il facile de reconnaître son manque ? Les auteurs de ce partage expriment ce moment unique et fragile de la prise de conscience de sa jalousie, de l’acceptation de ses propres limites.

Musique : « Jealous » de Labrinth (2014)

L’artiste anglais d’origine jamaicaine et canadienne, pulvérise tous les charts avec la sortie de « Jealous » en 2014. Et pourtant, le titre est la confession d’un être dans le pire de sa vulnérabilité, qui s’est cru le plus fort, qui a voulu jouer et qui a perdu. Jalouser l’autre. De tout son cœur.
Et le réaliser enfin pour être en mesure de passer à autre chose.

… I told you when you left me there’s nothing to forgive
… Je t’ai dit quand tu me quittais qu’il n’y avait rien à pardonner
But I always thought you’d come back, tell me all you found was
Heartbreak and misery

Mais j’ai toujours pensé que tu reviendrais, me confiant que tu n’avais trouvé que coeur brisé et misère
It’s hard for me to say, I’m jealous of the way you’re happy without me
C’est dur pour moi de le dire, je suis jaloux de la façon dont tu es heureux sans moi
… Oh, as I die here another day, cause all I do is cry behind this smile
Oh, voici comme je meurs ici un jour de plus parce que tout ce que je fais, c’est pleurer derrière ce sourire

« Jealous guy » de John Lennon (1971)

John Lennon (1940 – 1980) écrit cette chanson dès 1968 (publiée en 1971) suite à sa retraite en Inde. L’artiste est adulé mais ce titre est sa confession sur ses défaillances. Lennon, avec un recul, y détaille le processus de la crise de jalousie : l’insécurité profonde, le désir d’impressionner malgré tout, la maladresse, la projection de ses craintes sur l’autre, le sentiment d’échec intrusif jusqu’à la perte de contrôle. Ici, aucun bouc émissaire, juste la reconnaissance de ses limites et des excuses sans faux-semblant où il veut s’assurer que la victime sait qu’elle n’est coupable de rien.

I was trying to catch your eyes
J’essayais d’attirer ton attention
Thought that you was trying to hide
Je pensais que tu essayais de te cacher
I was swallowing my pain
J’avalais ma douleur
Watch out baby I’m just a jealous guy
Attention bébé, je suis juste un gars jaloux

Poésie : « Seul » de Georges Rodenbach (1855 – 1898)

Georges Rodenbach ou le chantre de Bruges est le premier écrivain Belge à voir une de ses œuvres, Le Voile, mise au répertoire de la Comédie-Française dès le 19eme siècle. La dandy est pourtant poète des profondeurs de l’être. Dans le poème « Seul », il crie la douleur de la situation de détresse qui n’est connue de personne d’autre que soi, exil de l’âme.
Et si la fin de l’exil était le fait de partager enfin sa perception des choses, fût-ce difficile, pour pouvoir accepter la réalité de ses limites et tourner la page ?

Seul

Vivre comme en exil, vivre sans voir personne
Dans l’immense abandon d’une ville qui meurt,
Où jamais l’on n’entend que la vague rumeur
D’un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.

Se sentir éloigné des âmes, des cerveaux
Et de tout ce qui porte au front un diadème ;
Et, sans rien éclairer, se consumer soi-même
Tel qu’une lampe vaine au fond de noirs caveaux.

Être comme un vaisseau qui rêvait d’un voyage
Triomphal et joyeux vers le rouge équateur
Et qui se heurte à des banquises de froideur
Et se sent naufrager sans laisser un sillage.

Oh ! vivre ainsi ! tout seul, tout seul ! voir se flétrir
La blanche floraison de son Âme divine,
Dans le dédain de tous et sans qu’aucun devine,
Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir !

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Le partage artistique du mois : La ressource / Pura Fé, Tina Turner et Rabindranath Tagore

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Avril 2020

Musique : Let heaven show de Pura Fe & I don’t wanna fight de Tina Turner

Elles sont les « mères » de la musique contemporaine actuelle, fortes de leurs convictions et sereines de leurs vécus. Éprouvées, elles se sont réinventées. Sans avoir rien à prouver, elles continuent tranquillement à tisser les ponts au-delà des frontières, et entre les générations, démontrent qu’il peut y avoir une vie sereine après toute crise, aussi particulière soit-elle.

Pura Fé – Let Heaven show (2007)

Pura Fé est une vocaliste indépendante reconnue dans le monde entier pour sa finesse et le sens de son art, compositrice, enseignante et activiste originaire des peuples Tuscarora et Taino initiatrice du groupe traditionnel amérindien Ulali. D’abord formée à l’American Ballet Theatre, ayant connu l’univers de Brodway, elle prend ensuite le chemin du jazz et assume la sensibilité de ses tribus, de leurs codes et leurs histoires dont elle est une passeuse.

Is there any reason to guess what is known in time?
Y a-t-il une raison de deviner ce qui sera su en son temps ?
Is there any reason to say you just know in your heart
Y-a-t-il une raison de te dire ce que tu sais déjà dans ton coeur ?
And let it go and let heaven show
(De te dire) Passes à autre chose et laisse le ciel montrer ce qui se doit…

Tina Turner – I don’t wanna fight (1993)

Tina Turner, artiste internationale a fêté ses 80 ans récemment et continue son chemin. En 1993, le titre « I don’t wanna fight » illustre sa biographie, depuis son enfance dans une famille modeste jusqu’à son succès, sa fuite et son divorce pour échapper aux maltraitances d’un couple toxique. Elle en ressortira encore plus forte.

I don’t care who’s wrong or right
Cela m’est égal qui a tort ou raison
I don’t really want to fight no more (tired of all these games)
Je ne veux vraiment plus me battre (fatiguée de tous ces jeux)
…But baby, don’t you know
Mais bébé, ne sais tu pas
That I don’t want to hurt no more
Que je ne veux plus jamais blesser
This is time for letting go
Il est temps de passer à autre chose

Poème : Citation de Rabindranath Tagore (1861 – 1941)

Rabindranath Tagore compose ses premiers poèmes à l’âge de 8 ans. Compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien (Bengale) témoin du changement de siècle de son pays et prix Nobel de littérature en 1913. Tagore se préoccupe dans certaines de ses œuvres de « l’anormale conscience de caste » en Inde et du sort des intouchables, malgré son appartenance à la caste des brahmanes. Voyageur infatigable de son époque, sa poésie est un hymne à la vie et au mouvement de l’être.

Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante ; les fleurs s’épanouiront dans mon être.

Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon cœur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte...

Extrait de L’offrande lyrique

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Le partage artistique du mois : L’espoir / A.R. Rahman et Walt Whitman

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Mars 2020

Musique : Jai Ho de A.R. Rahman (2008)

Les paroles de « Jai Ho » ont été écrites par le poète indien référent Gulzar (né en 1934) et sont une combinaison d’hindi, d’urdu et de punjabi. Des paroles en espagnol sont également incluses dans la chanson et en font un poème sublimé en musique qui transcende les frontières : peut-on survivre à ce que l’on pense être le pire ? Le titre illustra avec succès le film « Slumdog Millionnaire » de Danny Boyle adapté de l’oeuvre de Vikas Swarup, l’histoire d’un orphelin issu des bidonvilles qui refusa la désespérance, une ode à l’étincelle, l’espoir, qui change concrètement bien souvent la donne.

रत्ती रत्ती सच्ची मैंने जान गंवाई है
Lentement, lentement, sûrement j’ai perdu ma vie
नच-नच कोयलों पे रात बिताई है
J’ai passé mes nuits à danser sur du charbon
अंखियों की नींद मैंने फूंकों से उड़ा दी
J’ai chassé le sommeil de mes yeux avec les effluves de ma bouche
गिन गिन तारे मैंने ऊंगली जलाई है
Je me suis brûlé le doigt avec l’étoile bleue…

आजा आजा जींद शामियाने के तले
Viens, viens, sous la tente de la vie décorée
आजा ज़री वाले नीले आसमान के तले
Viens, viens sous le ciel bleu décoré de zari (fils de soie couleur or)
जय हो, जय हो, जय हो, जय हो
Victoire à toi !
Baila, baila,
Danse, danse,
Ahora conmigo, tu baila para hoy
Aujourd’hui avec moi, tu danses pour ce jour…

Poème : Je chante le soi-même (One’s-Self I sing) de Walt Whitman (1819 – 1892)

Walt Whitman est l’un des poètes majeurs de la littérature américaine. Egalement journaliste, éditeur, homme politique et témoin de l’histoire de son pays (guerre de secession). Homosexuel dans la société américaine puritaine du 19eme siècle, le poète, préservera son équilibre sans haine malgré le rejet. Whitman laisse des écrits marqués par un thème qui lui tiendra à cœur toute sa vie, le profond pouvoir rédempteur de l’amour. Son recueil Feuilles vertes est un hymne à l’espérance fut-elle minuscule.

Je chante le soi-même, une simple personne séparée,
Pourtant je prononce le mot Démocratique, le mot En Masse.

C’est la physiologie du haut en bas, que je chante,
La physionomie seule, le cerveau seul, ce n’est pas digne de la Muse ; je dis que l’Ëtre complet en est bien plus digne.
C’est le féminin à l’égal du masculin que je chante.

C’est la Vie, incommensurable en passion, ressort et puissance,
Pleine de joie, mise en oeuvre par des lois divines pour la plus libre action,
C’est l’Homme Moderne que je chante.

Walt Whitman, Feuilles d’herbes (One’s-Self I sing traduction)

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