Le partage artistique du mois : Refuser de sombrer (tenir) / Neneh Cherry et Obaidullah Baheer

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Août 2021

Grandes catastrophes, douleurs incontrôlées et profondes, carences absolues, la mort sur l’écran ou autour de soi, renier ou nier, partir et s’isoler… Avec les conséquences désastreuses à plus ou moins long terme du retour au monde réel… Ou encore détruire ou se laisser mourir, l’air de rien. Ce sont les réflexes. Les artistes de ce topic ont fait avec le monde tel qu’il s’offre à eux dans toutes ses carences, « faire avec », leurs œuvres témoignent d’un refus : celui de sombrer. Pistes pour tenir.

Musique : « 7 Seconds » de Neneh Cherry & Youssou N’Dour (1994)

Le titre à succès rappelle, d’après Neneh Cherry, rappeuse, DJ et auteure-compositrice, les premières secondes d’un humain sur terre avant d’être rattrapé par le contexte de sa naissance.
Neneh Cherry, née et ayant grandi en Suède, de mère suédoise et de père Sierra-Léonais, aura passé une partie de son enfance avec un beau-père africain-américain. Entre hip hop et scène post-punk anglaise, jonglant entre les cultures et les idées préconçues, Neneh Cherry aura tracé une voie de « star » différente : artiste primée aux Brit Awards ou MTV awards, également simple volontaire dans des initiatives d’entraide. En 1994, Cherry se remet de la maladie de lyme encore peu connue à l’époque, et dont elle a souffert plusieurs années. Elle collabore avec le chanteur sénégalais Youssou N’Dour sur le titre « 7 seconds » qui deviendra la chanson la plus célèbre de la discographie des artistes. La vidéo en noir et blanc et en gros plans assumés tranchent. Trois langues, en anglais, wolof et français, pour une invitation directe à tenir en nous rappelant de qui nous sommes : des êtres humains nés sans préjugés.

Boul ma sene, boul ma guiss madi re nga fokni mane
Ne me regarde pas de loin, ne regarde pas mon sourire, en pensant que je ne sais pas
Khamouma li neka thi sama souf ak thi guinaw

Ce qui est au-dessus et sous moi
…And when a child is born into this world
Et quand un enfant naît dans ce monde
It has no concept
Il n’a aucun concept
Of the tone the skin is living in
Sur la teinte de la peau dans laquelle il vit
It’s not a second
Ce n’est pas une seconde
We’re 7 seconds away
Nous sommes à 7 secondes
Just as long as I stay
Juste assez longtemps pour que je reste
I’ll be waiting
J’attendrai

Poésie : « Vision » de Obaidullah Baheer (2016)

Dans ces écrits, le poète afghan et enseignant, Obaidullah Baheer, atteste de son vécu difficile (une enfance sous les bombes, un père enlevé et « disparu », un quotidien de guerre civile en Afghanistan), mais il respire encore. Et l’auteur transmet son amour par toutes les voies possibles depuis et pour sa contrée, avec toutes ses composantes.
« Voir » avec quel regard ?

Vision

I’m half blind
in one eye,
which makes me quarter blind.

It doesn’t bother me though.

The flower doesn’t need eyes
to see the sun

Vision

Je suis à moitié aveugle
d’un œil,
ce qui fait que je suis aveugle au quart.

Mais ça ne me tracasse pas.

La fleur n’a pas besoin d’yeux
pour voir le soleil

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A chaque fois, une vidéo musicale et un poème
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