Le partage artistique du mois : Reconnaître la jalousie / John Lennon, Labrinth et Georges Rodenbach

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Décembre 2020 / Janvier 2021

Quand le désir de possession s’ajoute à la fascination de ce qu’est ou de ce qu’a l’autre pour mieux le détruire… Sentiment insinueux, tempête qui naît dans les profondeurs de soi et qui finit par tout submerger. Briser le cycle de ce sentiment envahissant, jalousie qui bouscule tout, qui s’ancre, à devenir irrépressible. Ni amour, ni prétexte, mais est-il facile de reconnaître son manque ? Les auteurs de ce partage expriment ce moment unique et fragile de la prise de conscience de sa jalousie, de l’acceptation de ses propres limites.

Musique : « Jealous » de Labrinth (2014)

L’artiste anglais d’origine jamaicaine et canadienne, pulvérise tous les charts avec la sortie de « Jealous » en 2014. Et pourtant, le titre est la confession d’un être dans le pire de sa vulnérabilité, qui s’est cru le plus fort, qui a voulu jouer et qui a perdu. Jalouser l’autre. De tout son cœur.
Et le réaliser enfin pour être en mesure de passer à autre chose.

… I told you when you left me there’s nothing to forgive
… Je t’ai dit quand tu me quittais qu’il n’y avait rien à pardonner
But I always thought you’d come back, tell me all you found was
Heartbreak and misery

Mais j’ai toujours pensé que tu reviendrais, me confiant que tu n’avais trouvé que coeur brisé et misère
It’s hard for me to say, I’m jealous of the way you’re happy without me
C’est dur pour moi de le dire, je suis jaloux de la façon dont tu es heureux sans moi
… Oh, as I die here another day, cause all I do is cry behind this smile
Oh, voici comme je meurs ici un jour de plus parce que tout ce que je fais, c’est pleurer derrière ce sourire

« Jealous guy » de John Lennon (1971)

John Lennon (1940 – 1980) écrit cette chanson dès 1968 (publiée en 1971) suite à sa retraite en Inde. L’artiste est adulé mais ce titre est sa confession sur ses défaillances. Lennon, avec un recul, y détaille le processus de la crise de jalousie : l’insécurité profonde, le désir d’impressionner malgré tout, la maladresse, la projection de ses craintes sur l’autre, le sentiment d’échec intrusif jusqu’à la perte de contrôle. Ici, aucun bouc émissaire, juste la reconnaissance de ses limites et des excuses sans faux-semblant où il veut s’assurer que la victime sait qu’elle n’est coupable de rien.

I was trying to catch your eyes
J’essayais d’attirer ton attention
Thought that you was trying to hide
Je pensais que tu essayais de te cacher
I was swallowing my pain
J’avalais ma douleur
Watch out baby I’m just a jealous guy
Attention bébé, je suis juste un gars jaloux

Poésie : « Seul » de Georges Rodenbach (1855 – 1898)

Georges Rodenbach ou le chantre de Bruges est le premier écrivain Belge à voir une de ses œuvres, Le Voile, mise au répertoire de la Comédie-Française dès le 19eme siècle. La dandy est pourtant poète des profondeurs de l’être. Dans le poème « Seul », il crie la douleur de la situation de détresse qui n’est connue de personne d’autre que soi, exil de l’âme.
Et si la fin de l’exil était le fait de partager enfin sa perception des choses, fût-ce difficile, pour pouvoir accepter la réalité de ses limites et tourner la page ?

Seul

Vivre comme en exil, vivre sans voir personne
Dans l’immense abandon d’une ville qui meurt,
Où jamais l’on n’entend que la vague rumeur
D’un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.

Se sentir éloigné des âmes, des cerveaux
Et de tout ce qui porte au front un diadème ;
Et, sans rien éclairer, se consumer soi-même
Tel qu’une lampe vaine au fond de noirs caveaux.

Être comme un vaisseau qui rêvait d’un voyage
Triomphal et joyeux vers le rouge équateur
Et qui se heurte à des banquises de froideur
Et se sent naufrager sans laisser un sillage.

Oh ! vivre ainsi ! tout seul, tout seul ! voir se flétrir
La blanche floraison de son Âme divine,
Dans le dédain de tous et sans qu’aucun devine,
Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir !

Découvrir la rubrique "Le partage artistique du mois"
A chaque fois, une vidéo musicale et un poème
.
FINALE, titre de l’album dédié Nectar! (Ut Fortis Cast Recording) en vidéo avec Mary Bichner et Christina Goh

La première est annoncée pour ce 20 décembre 2020 à 16H (heure de Paris). En simultané sur le site Ut Fortis, Youtube, Facebook et les liens officiels de l’artiste. Le titre est extrait de l’album du spectacle Ut Fortis pour la prévention du suicide.

Pour Christina Goh:

« Avec la vidéo de « Finale », nous restons dans l’approche symbolique de « Nectar! (Ut Fortis Cast Recording) ». Le final est souvent le commencement d’une nouvelle aventure de vie à saisir. Un peu comme dans une éclipse, mystérieuse, mais toujours temporaire, qui nous aura permis de voir le monde autrement. La disparition de l’astre n’est qu’apparente… La chanson écrite par Mary Bichner l’illustre tellement !« 

Rendez-vous ce dimanche 16 novembre 2020 à 16H.

Le partage artistique du mois : Se relever de la désillusion / Taemin et Nicole Cage

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Novembre 2020 / Partenariat Ut Fortis – La Différence

Se perdre… Et après ?
Désarroi, tristesse infinie, rage parfois, mais comment se relever de la profonde et cachée désillusion ? Quand la nuit tombe sur les rêves intimes et qu’il faut difficilement retrouver un chemin vers la sérénité joyeuse ? Taemin et Nicole Cage illustrent cette étape délicate par l’action : aller chercher en soi une idée pour se renouveler…

Musique : IDEA de Taemin (2020)

A  sa sortie, en novembre 2020, le hit de l’artiste coréen pulvérise les charts sur les sites affectionnés par la nouvelle génération. Et pourtant, c’est de la philosophie platonicienne !
« Le titre « IDEA » a été inspiré par l’allégorie de la caverne de Platon… Au lieu d’être « piégé dans une grotte » et de vivre dans l’ombre de la vérité, je veux me libérer de l’obscurité et m’embarquer dans un voyage d’illumination où je découvre un nouvel ego, une identité et un sens ».
(Interview de Taemin extraite du magazine Hypebae de novembre 2020).
La vidéo symbolique qui joue sur le contraste des couleurs illustre la métamorphose et la venue de cette idée lumineuse qui surgit et sauve tel un messie, l’individu d’une situation infernale, qui l’engouffrait toujours plus loin dans le feu de la détresse. Combat intérieur (danse) pour pouvoir sortir à la lumière de soi-même.

깊은 곳에 핀 꿈이여
Le rêve qui a fleuri
밤을 안은 채로
Au cœur des illusions de la nuit
짙어지는 Shadow
n’est rien d’autre qu’une ombre…

내 속에 너를 도려낸 밤
La nuit qui a déchiré nos cœurs
(Killing me softly, killing me softly)
(Me tuant à petit feu, me tuant à petit feu)
끝내 새로운 눈을 뜬 나J’ai enfin ouvert les yeux 

Poésie : « Je ne suis pas poète » de Nicole Cage

La poétesse caribéenne multiprimée en poésie, également membre du Jury du concours international la Différence, écrit ce texte surprenant dans la première décennie 2000 « Je ne suis pas poète » et analyse le feu de l’incertitude et du désarroi quand on se perd, à la recherche de ce que l’on croit savoir de soi. Le poème s’inspire de sa propre histoire, une écrivaine plébiscitée dans le monde entier, restée attachée à son île natale et qui mettra du temps à faire de son hypersensibilité et de la solitude qu’elle peut parfois provoquer, sa richesse et sa lumière.

L’on me dit poète
Je ne sais je ne sais
Je tente seulement d’écouter le vent
Et de percer dans son murmure
Le secret de ma vie
Je ne sais je ne sais
J’essaie simplement de résister à l’appel
De la travailleuse de l’ombre
Non je ne suis pas poète
Je ne sais qu’écouter
Les pulsations de la terre
Tâchant d’y découvrir la voie de ma légende intime
Égarée en cette vie
Je parcours la forêt des mots
Dans l’espoir d’y trouver
Le sens de l’absurde
Mais je me perds encore
encore
encore
Confondant un mot et une feuille
Une virgule et une fleur
Une strophe et un arbre
Et je m’égare encore
Dormant parmi les ronces
Appelant la lumière
Escomptant l’éveil du soleil
Signal du retour à la vie
En mes veines en mon cœur
Les tessons d’une bouteille brisée
A moins que ce ne soient les ronces acérées
D’une étrange forêt
M’ont lacéré la peau
M’ont violenté les pieds
Stigmates d’un voyage aux confins des ténèbres
Dont je veux ressurgir
Vierge
Inatteinte
Mais ne sachant tout de même pas ce que c’est qu’un poète
Et sachant encore moins
Si je ne le suis qu’un peu
J’en sais seulement davantage
Sur mes faiblesses et ma lumière
Et sur ma soif de vivre
Jusque et par-delà l’ultime pulsation de mon cœur

Découvrir la rubrique "Le partage artistique du mois"
A chaque fois, une vidéo musicale et un poème
.
2021 s’annonce : un seul être vous manque… Louis Armstrong et Alphonse de Lamartine

2021 s’annonce, des fêtes sont dans l’air. Mais le décès d’un être cher ou une situation insoutenable peuvent être difficiles à vivre.

Essayons l’inspiration.
Faites y un tour ou retrouvez les partages artistiques sur les thématiques suivants (le thème précède le nom des artistes) :

Mais encore ?

« Un seul être vous manque… »

Citation extraite du vers « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » du poème « Isolement » écrit par Alphonse de Lamartine (1790 – 1869) paru dans l’ouvrage Méditations poétiques en 1820.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Lamartine, isolé, peine à trouver la ressource auprès de la nature. Il confie son mal de vivre et son désir de mourir après le décès prématurée de la femme qu’il aime, malade de la tuberculose. Le poète trouvera pourtant la force pour continuer à vivre et s’investir (il sera élu à l’Académie Française neuf ans plus tard puis deviendra député pour sa région.)
Lire L’isolement.

Un monde merveilleux ?

Rien de mieux que la sagesse de Louis Armstrong (1901 – 1971), qui en 1967, chante « What a wonderful world ». La vidéo qui suit continent l’introduction originale de 1970 avec le Oliver Nelson’s Orchestra, où il explique la chanson :
« Certains me demandent : pourquoi cette chanson « What a wonderful world » (Quel monde merveilleux). Tu penses qu’il est merveilleux ? Et la faim, et la pollution ?… Mais il me semble que le monde n’est pas si mauvais... C’est ce que nous y faisons… Tout ce que je dis, c’est que le monde serait merveilleux, si on lui donnait une chance… Amour, voilà le secret… »

A sa sortie, la chanson n’aura aucun succès aux Etats-Unis, pays d’Armstrong… mais elle sera appréciée sans commune mesure en Angleterre puis en Europe pour un retentissement finalement mondial. Valeur d’une autre chance si on décide de la saisir…

Image d’illustration d’article par le designer allemand Gerd Altmann

Enfin. Première journée internationale pour la lutte contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire.

Un suicide de plus, un déchirement, une fugue… #NonAuHarcèlement. Harcèlement scolaire, le mot terrifie. Le 5 novembre 2020 était la première journée internationale pour la lutte contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire, approuvée à l’unanimité l’an dernier par les 193 membres de l’UNESCO, et enfin mise en place.


Témoignage pour comprendre

Nouvelle Calédonie : TedX de Lou Halfon, qui a été harcelée dans son milieu scolaire et qui nous fait voir les choses d’une toute autre manière (9 minutes). Une double souffrance : celle du harcelé et celle de l’enfant harceleur (où a-t-il appris à insulter, humilier et frapper ?)

#NoBlameNoShame

Soigner et prévenir. La première journée internationale pour la lutte contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire, y compris le cyberharcèlement enfin mise en place.

A l’école, vous êtes régulièrement houspillés ou ridiculisés pour ce que vous êtes, cela ne vous amuse pas, vous fait du mal ? Vous êtes enseignant et désemparé face à une situation trouble d’un de vos élèves ? Vous êtes parent et démuni face à la souffrance de votre enfant ? Vous n’êtes pas seuls.

Page dédiée sur le site officiel de l’UNESCO

COURAGE !



Le partage artistique du mois : faire face à la peur de l’avenir / Peter Gabriel et Birago Diop

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Octobre / Novembre 2020

La peur de l’avenir et l’incertitude d’une voie qu’on ne maîtrise plus. Les artistes présentés dans cet article décrivent des individus qui ont l’impression d’évoluer dans des sables mouvants et de s’enliser quoi qu’ils fassent. Peter Gabriel et Birago Diop dans leurs écrits artistiques ont leurs solutions : l’aide de ceux qui vivent la situation autrement, le temps que la crise passe. Etre vivant au présent compte.

Musique : « Don’t give up » de Peter Gabriel en duo avec Kate Bush (1986)

Le titre « Don’t Give Up » (N’abandonne pas), est un duo qui relate le dialogue entre un chômeur désespéré et sa femme. Peter Gabriel, artiste anglais, s’inspira des photographies d’Américains victimes de la Grande Dépression dans les années 30 prises par la photographe Dorothea Lange. Le titre est une plongée dans l’intimité psychique profonde de celui dont la vie bascule, qui croit avoir déjà tant perdu et ressent une peur absolue pour l’avenir. La consolation de Kate Bush est remplie de tendresse mais sans appel : la situation est ce qu’elle est mais c’est à toi de ne pas renoncer, tu n’es pas le seul.

I am a man whose dreams have all deserted…
Je suis un homme dont les rêves ont tous déserté…

Don’t give up
N’abandonne pas
You still have us
Nous sommes toujours là

Poésie : « A quoi tient l’amour ? » de Birago Diop (1906 – 1989)

Vétérinaire de brousse (au Soudan, en Côte d’Ivoire, en Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui), en Mauritanie), Birago Diop fût aussi un poète qui a laissé une empreinte indélébile dans la littérature francophone en traduisant les contes traditionnels de son continent.
Dans son poème « A quoi tient l’amour ? », Diop nous renvoie à une vie qui semble soudain embrouillée. Mais quand les espoirs s’écroulent, une question peut mettre en évidence la réalité d’un présent que l’on devrait commencer par aborder simplement pour en trouver le fil.

A quoi tient l’amour ?

Aux mots, à leur accent, aux choses,
Aux mille questions que l’on pose.
Au lourd silence inopportun,
Aux rêves qui fuient un à un ;

Aux sanglots réduits au silence,
Au lourd silence fait de souffrance,
Aux souffrances faites d’aveux
Qu’on ne dit plus dès qu’on est deux ;

A l’aspect des lieux que l’on hante,
Aux mots qu’on ne dit pas, aux mots
Qu’on a dits peut-être trop tôt,

Aux nerfs sensibles d’une amante
Et à l’énervance de l’air
Un soir trop parfumé, trop clair.

Découvrir la rubrique "Le partage artistique du mois"
A chaque fois, une vidéo musicale et un poème
.
L’album du spectacle dédié « Ut Fortis » est « Nectar! (Ut Fortis Cast recording) »

Une sélection des chansons du spectacle pour la prévention du suicide, Ut Fortis, sur l’album « Nectar! » à découvrir. La trame du show est relatée en musique et un ouvrage spécial explicite les codes et symboles de l’opus.

La vidéo explicative de Nectar! (Ut Fortis Cast Recording)

Avec les artistes invités (par ordre d’apparition dans la vidéo) : Noah Preminger, David Perraudin, Jacques Moury BeauchampMary Bichner, Gotham Aymar, Maxime PerrinLes Passeurs de Légendes et Catherine Capozzi.
L’album est disponible (distribution par le label international Plaza Mayor Company Ltd.). Ecouter.

Le spectacle Ut Fortis en partenariat avec l’Institut de Touraine, qui avait été annulé en mai 2020 pour cause de Covid-19, a été reporté au 11 juin 2021 à la salle Thélème de l’Université de Tours et rassemble des artistes de Touraine et de la Côte Est américaine. Lire les informations sur le spectacle.

Brève : Nouvelle date – Le spectacle UT FORTIS en partenariat avec l’Institut de Touraine le 11 juin 2021 (Actualisé)

Initialement programmé le 26 mai 2020 et annulé pour cause de pandémie, le spectacle UT FORTIS est reporté au 11 JUIN 2021 à la salle Thélème de l’Université de Tours en partenariat avec l’Institut de Touraine au Centre Val de Loire en France, sous réserve des consignes sanitaires qui seront en vigueur à la période concernée.

La thématique (la prévention du suicide) traitée par Ut Fortis est une plus que jamais d’actualité et en attendant le printemps 2021, le court-métrage musical « Fleur d’eau » qui illustre un écrit de la poétesse française Marceline Desbordes-Valmore est toujours en cours de diffusion. Une réalisation dont la musique est extraite de l’album « Nectar! (Ut Fortis Cast Recording).

Le site Ut Fortis continue ses activités.

Lien utile : Redécouvrir la présentation du spectacle.

Nous saluons pour leur écoute dans cette crise inédite les partenaires du spectacle Ut Fortis : l’Institut de Touraine, les Halles de Tours, l’équipe technique de la salle Paul tixier et la Ville de Tours, le label « Nouvelles Renaissances », l’Association France-Etats-Unis Touraine, Plaza Mayor Company Ltd., le Réseau Vies 37, l’Association Les Passeurs de Légendes, Eric Lachery, Concept Prod Studios, Mary Bichner, Catherine Capozzi, Maxime Perrin, Gotham Aymar, Jacques Moury-Beaucham, Noah Preminger et Marie – Anne Chenery communication. 

Le fantasme nuisible – Article

Le suicide de Roméo et Juliette, celui d’Anna Karénine, héros et héroïnes romantiques ultimes de nos ouvrages… Au cinéma, Thelma et Louise sont des reines… Dans le réel, les drames vécus par Ian Curtis ou Kurt Cobain (1)… Ces suicidés sont devenus des mythes. Vivre… Intensément et choisir d’y mettre fin. Personnalités tourmentées, projections de nos non-dits, émotions intimes, dont le « happy end » se résume en une expression clé : avoir eu le dernier mot…
Et l’éternité.

Ces histoires imprègnent l’imaginaire, sont devenues partie intégrante de nos vies, de nos représentations. En littérature, au cinéma, sur Internet, comme dans nos médias d’actualités, s’affichent régulièrement les morts par suicide… Pour ceux qui continuent de vivre, restent la résignation ou le tabou : 
Ne surtout pas parler du suicide et laisser subtilement s’y substituer en lieu et place la notion d’un courage redéfini, celui d’avoir transcendé toute peur pour mettre fin à son calvaire ou au simulacre d’un enfer sur terre. 

Massacre à la tronçonneuse d’une planète en sursis, basculement sociétal, faillites de systèmes et fossé dit insondable des générations, la liste des maux collectifs est longue, que reste-t-il à l’individu du 21ème siècle face à l’apocalypse annoncée ? Peut-être l’illusion de pouvoir mettre fin à tout cela à titre personnel quand il le souhaite… Idée enfouie et parfois assumée de pouvoir se définir comme le maître du jeu au bout du compte ; et un crédo : quand je veux, où je veux. Je ne contrôle pas grand-chose mais ma vie, je suis en mesure de la stopper quand je le souhaite. Dernier espace de liberté intime… 

Ainsi nulle envie ou besoin d’aller plus loin dans l’analyse… Parle-t-on du parachute pendant toute la durée du voyage en avion, évoque-t-on la sortie de secours pendant la séance de cinéma ? Non. On sait où les trouver, c’est suffisant. Presque rassurant… Le suicide, ultime recours… Pensée pernicieuse ?
Oui.

Si l’on considère que celui qui s’est tué a eu le courage que d’autres n’ont pas eu, approuverait-on ou se ferait-on complice de la mise à mort d’un être humain sur simple et unique présomption ? 

Car l’acte suicidaire découle bien d’une présomption (la perspective unique de celui qui veut se suicider et dans quel état ou quelle période particulière se trouve-t-il ? A quelle pression est-il soumis ?), suivie d’une sentence arbitraire (décidée par l’individu) à effet direct : l’exécution du concerné par lui-même. 

Les raisons peuvent être diverses, la souffrance est totale et on est loin de l’image d’une quelconque bravoure : le suicide est la disparition d’un être submergé (2), et reste sommairement l’abrègement de son existence et la fin d’un monde, avec toutes les conséquences et répercussions imprévues que cela implique. 

Peu évoquées, les étapes de dégradations de la personne qui fait une tentative sont traumatisantes pour elle-même et son entourage, que le suicide soit envisagé par noyade, ingestion de pesticide, de médicament, par pendaison, défénestration, avec arme blanche ou à feu. Il ne s’agit pas d’un film ou d’un roman où l’ellipse est reine ou en musique, où le moment est « beau », où le maquillage et le costume du théâtre restent préservés pour la représentation suivante… Le corps, le mental, c’est l’être tout entier qui est déconstruit, torturé, détérioré, de l’idée jusqu’à la mort, avant et pendant la crise suicidaire (3). 

Ceux qui ont eu le malheur d’essayer vous le diront : le suicide n’est pas un jeu, ni une théorie philosophique, encore moins un absolu. 

Quant aux sombres et complexes phases sur le moyen et long terme (états dépressifs, révulsions, supplice, émotions et corps incontrôlables, dissociations) qui mènent au passage à l’acte et à la perte des fluides de toutes sortes… Ils n’ont jamais laissé aucune chance à ladite maîtrise des choses si souvent sublimée mentionnée au début de cet article. Le désespoir n’est-il pas un abîme ? Il s’agit de ne pas s’y enfoncer, il n’y a pas de GPS. 

Chaque existence est unique, à l’image des empreintes au creux de nos mains, c’est peut-être une des données les plus significatives ; ainsi qui pourra témoigner du sentiment réel final du mort ? Ce qu’il pensait du suicide avant l’acte reste-t-il inchangé suite à son changement brutal de situation et peut-être de perspective au moment de passer dans un autre monde ?
La question reste posée.

Or « L’esprit, comme la nature, a horreur du vide. Dans le vide, la nature met l’amour ; l’esprit, souvent, y met la haine. » (4), citation du très inspiré Victor Hugo.
La haine de sa vie, de sa situation, comble-t-elle à ce point les vides ? Ainsi se transmettrait pour le plus grand nombre, le fantasme d’un salut suicidaire, et perdurerait l’illusion, celle qui rend complice de la détresse… 

Tant que cela est encore possible, nous aimerons-nous et nous respecterons nous vivants ? 

Christina Goh
Initiatrice du site Ut Fortis

(1) https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/neurobiologie/20-ans-stars-du-rock8230-et-suicides-2542.php
(2) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-03/anesm-agees-souffrance_physique_chapitre_4.pdf
(3) https://www.infosuicide.org/guide/la-crise-suicidaire 
(4) Citation de (3) Victor Hugo extraite de L’Homme qui rit (1869)

(Image) : Roméo et Juliette – La Scène du tombeau, par Joseph Wright of Derby (1790).

#JMPS2020 – 10 septembre 2020 – « Fleur d’eau » est parue

Double découverte : le premier extrait en intégralité de l’album Nectar! (Ut Fortis Cast Recording) du spectacle Ut Fortis pour la prévention du suicide et un court-métrage épique.

Entre la France et les Etats-Unis, Christina Goh rassemble autour du poème de Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859), la troupe médiévale Les Passeurs de Légendes de Touraine, le réalisateur Baptiste Auffray, bien connu du milieu hip hop tourangeau, et pour la musique, la guitariste rock bostonienne Catherine Capozzi et l’accordéoniste jazz parisien Maxime Perrin.
Le cadre de l’histoire est la forêt domaniale de Loches avec le partenariat de l’Office Nationale des Forêts.

La date de publication n’est pas anodine : le 10 septembre est la journée mondiale de la prévention du suicide. Cette année sur la thématique : « travailler ensemble pour la prévention du suicide ».

Pour Christina Goh, initiatrice du projet :

« Fleur d’eau » ne se résume pas facilement, l’oeuvre permet juste de mieux comprendre…

Et pour cause : « Fleur d’eau » est bien une fiction mais les émotions (désespoir, désir d’isolement, préméditation, fixation) développées par le personnage principal s’inspirent de témoignages liés à des tentatives de suicide… (lire l’article dédié).