Le partage artistique du mois : vocaliser le désespoir de l’impuissance / Jennifer Holliday et Sabine Sicaud

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Août / Septembre 2020

Ces artistes permettent l’exutoire de la détresse. Cet instant où la douleur est trop forte et où l’on ne pourrait que crier ou se taire pour le mal être absolu.
Complexe nécessité, le dire sans rage, sans se détruire ou détruire l’autre, alors qu’on a tellement mal… : de l’importance de pouvoir être en mesure de déterrer et crier son désespoir ! Crier : victoire même si sans apparences.

Musique : And I Am Telling You I’m Not Going (1982) de Jennifer Yvette Holliday 

Le titre révèle la chanteuse Jennifer Holliday, interprète de Brodway (USA). Elle interprète le rôle de Effie White dans la comédie musicale « Dreamgirls », rôle qui sera repris au 21eme siècle par Jennifer Hudson. Holliday vocalise le désespoir de son personnage, acculée et mise à la porte, trahie par son collaborateur, associé, ami et amant. A cet instant, elle sait que les dés sont jetés, que sa vie vient de s’effondrer mais elle l’exprime : « je reste, tu vas m’aimer »… Avant de partir.

I’m not walking out
Je ne pars pas
Stop all the rivers
Arrête le cours des rivières
Push, strike, and kill
Pousse, frappe et tue
I’m not gonna leave you
Je ne vais pas te quitter
There’s no way I will
Il n’y a pas moyen que je le fasse

Poésie : « Ah ! Laissez-moi crier » de Sabine Sicaud (1913 – 1928)

La poétesse française est âgée de 15 ans quand elle s’éteint de maladie en 1928 dans des conditions difficiles, atteinte d’ostéomyélite (infection osseuse). Sabine Sicaud gagne son premier prix littéraire à l’âge de onze ans (en 1924). En 1925, elle remporte quatre prix, dont le grand prix des Jeux Floraux de France et publie son premier recueil à 13 ans, « Poèmes d’enfant« , préfacés par Anna de Noailles, poétesse de renommée admirative de son oeuvre.
En 1927, elle se blesse au pied. La blessure dégénère en ostéomyélite, sans que l’on identifie précisément le traumatisme responsable. La maladie gagne tout le corps. Un an de souffrances et de fièvres pendant lequel l’adolescente n’arrête pas d’écrire.
Le cri : la vie à tout prix malgré le désespoir et l’impuissance.

Ah! Laissez-moi crier

Ah! Laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge !
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge,
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier…
Grincer, hurler, râler ! Peu me soucie
Que les gens s’en effarent. J’ai besoin
De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier.

Les gens ? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin,
Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie
Cette douleur qui vous fait seul au monde ?
Avec elle on est seul, seul dans sa geôle.
Répondre ? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde.
Je ne sais même pas si j’appelle au secours,
Si même j’ai crié, crié comme une folle,
Comme un damné, toute la nuit et tout le jour.
Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue,
Croyez-vous qu’elle soit
Une chose possible à quoi l’on s’habitue ?

Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue…
Avec quel art cruel de supplice chinois,
Elle montait, montait, à petits pas sournois,
Et nul ne la voyait monter, pas même toi,
Confiante santé, ma santé méconnue !
C’est vers toi que je crie, ah ! c’est vers toi, vers toi !
Pourquoi, si tu m’entends, n’être pas revenue ?
Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi
Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois
Jamais, simple santé, je ne pensais à toi.

Découvrir la rubrique "Le partage artistique du mois"
A chaque fois, une vidéo musicale et un poème.
Art audio-visuel et prévention : Un jeu vidéo pour aborder la thématique du suicide… « Wait! Life is beautiful! »

Wait! Life is beautiful! (Attends ! La vie est belle !) est un thriller psychologique interactif sur le suicide, basé sur l’expérience personnelle.

Sortie officielle de la démo du jeu le 6 août 2020, elle est disponible via STEAM en cinq langues (Anglais, Français, Russe, Allemand, Japonais et Chinois), à 1 joueur.
Le jeu vous permet de vivre la vie de Will, simple employé de bureau, ni héros, ni magicien, qui essaie de sauver des gens au légendaire pont du suicide. Saurez-vous trouver les bons mots ? 

Les mots du dévéloppeur

J’ai commencé à développer Wait! Life is Beautiful! alors que je traversais l’une des périodes les plus difficiles de ma vie et je suis peut-être encore là précisément à cause de ce jeu… Je veux juste vous raconter une histoire sur quelque chose qui peut toucher tout le monde. Cela a failli m’arriver, et puissiez-vous ne jamais être aussi près du but…

Les avis recueillis par Ut Fortis
Ut Fortis a demandé l’avis de joueurs qui ont téléchargé la démo de Wait! Life is beautiful!

Jacqueline, 16 ans, joueuse occasionnelle

– Attribue 5 / 5 étoiles
– Un mot pour décrire le jeu : IMMERSIF

  • J‘ai vraiment apprécié la démo. Je me suis retrouvée à lutter pour chacune des vies des personnages rencontrées. Je ne savais pas à quel point les causes d’un suicide pouvaient être diverses. Graphiquement, l’impact des paroles qu’on choisit est imagé, c’est perturbant. J’avoue que j’ai réalisé la valeur du travail des psys, des bénévoles des centres et tout ça. Je ne pourrai pas faire ce métier mais je comprends mieux. J’attends le jeu !

David, 14 ans, gamer primé

– Attribue 3, 5 / 5 étoiles
– Un mot pour décrire le jeu : DUR !

  • Le graphisme est bien. Le jeu par contre est dur ! J’ai essayé de sauver ces gens mais c’était très difficile. Je ne suis pas arrivé à les en empêcher et c’est triste. Pour moi c’est plus de la prévention qu’un jeu. Même si j’y étais à fond, une fois que la démo se termine, tu te dis que ce n’est quand même pas un jeu comme les autres.
    Trop dur !

Amélie, 19 ans, étudiante, joueuse régulière

– Attribue 3 / 5 étoiles
– Un mot pour décrire le jeu : BIEN REALISÉ

  • Le graphisme est réussi. J’ai aimé me retrouver dans la peau de Will mais j’ai trouvé que les personnages à sauver étaient trop cliché. Il reste à voir si dans le jeu intégral, on va plus loin et dans plus de nuances en ce qui concerne le profil des personnages. Le jeu est vraiment agréable.

Découvrir Wait! Life is beautiful!

Alerte ! Si on a besoin de confier son mal être, ne devenons pas une proie. Appeler à l’aide est gratuit. (France)

Devant l’incertitude, il peut arriver que nous soyons soumis à des situations intenses et stressantes. En cas de crise, appeler à l’aide est gratuit et peut être anonyme et confidentiel.

Pour information, voici deux fédérations et un site dédié habilités en France, centres d’appel, où des bénévoles formés écoutent et vous orientent gratuitement.

  • SOS AMITIE
    Service d’écoute destiné à accueillir la parole de celles et ceux qui, à un moment de leur vie, traversent une période difficile.
    Permanence d’écoute téléphonique 24h/24, 7j/7. Permanence d’écoute par tchat tous les soirs de 19 h à 23 h ou par mail (réponse sous 48h maximum).
    https://www.sos-amitie.com/
    
  • SUICIDE ECOUTE, membre fondateur de l’Union Nationale de prévention du Suicide. Tel 01 45 39 40 00.
    Ecoute des personnes confrontées au suicide.
    https://www.suicide-ecoute.fr/
  • FIL SANTE JEUNES
    Ecoute, information et orientation des jeunes dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale. Ligne d’écoute téléphonique anonyme et gratuite 7j/7, de 8h à minuit. Tel 32 24
    www.filsantejeunes.com

#suicideprevention
En un hashtag, vous êtes automatiquement orienté vers le site fédéral SOS AMITIE qui recueille votre appel 24h sur 24 et 7 jours & gratuitement.

Retrouvez l’annuaire des structures solidaires qui pourraient vous être utiles sur le site de France Solidarités.

Vous ne souhaitez pas passer par le téléphone ou l’Internet ?

Dans certaines villes, il est possible d’être reçu face à face (le potentiel désir d’anonymat sera respecté) avec les associations La porte ouverte :
Elles offrent un lieu d’écoute et de parole et proposent des entretiens en face à face, anonymes et gratuits avec des bénévoles.

En France ET à l’étranger, des sites et des applications dédiés gratuits existent pour soulager son mal-être. Plus d’information sur la page relai.

Focus sur le site et les références du tournage de « Fleur d’eau » (Ut Fortis Cast Recording) à Loches France

Un ouvrage audio-visuel dédié de Christina Goh, « Fleur d’eau » en featuring avec Les Passeurs de Légendes qui se déroule à Loches.

Un site particulier

Loches est une ville de Touraine, Centre Val de Loire, du réseau national des Villes et Pays d’art et d’histoire de France. Ancienne cité royale, la commune abrite également une partie de la forêt domaniale de Loches. C’est plus précisément sur le site de la Fontaine d’Orfonds que se déroule le scénario de « Fleur d’eau », poème de Marceline Desbordes Valmore en musique.

Sur le tournage « Fleur d’eau »

Connue depuis des siècles, la fontaine alimentait déjà une villa gallo-romaine à Contray. Cette jolie source, en forme de fer à cheval, est associée autant à des légendes qu’à la grande histoire : au 15e siècle se trouvait sur le site, la cave du roi Charles VII, contemporain de Jeanne d’Arc (15eme siècle). Aujourd’hui, il ne reste qu’un mur de pierres de ces précieux vestiges mais la fontaine est toujours là.
Les prises de vue ont également inclus des repérages au vieux cimetière de Loches. Tournages effectués avec l’autorisation de l’Office National des Forêts et de la Ville de Loches.

« Après les repérages, Loches s’est avéré le cadre idéal rassemblant à la fois le sens des vestiges du temps et l’ouverture et l’ancre de notre époque moderne et virtuelle. Une ville où réussissent à se mêler l’imaginaire, l’Histoire et nos réalités contemporaines.« 
Christina Goh, initiatrice du projet, est tombée sous le charme de ce chef-lieu où l’on peut encore trouver « la fosse aux fées » entre deux carrefours !

Le choix d’une fleur

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C’est finalement le plumbago qui l’aura emporté. Après avoir cherché et hésité, c’est cette fleur d’Afrique du Sud qui aura été choisie pour symboliser la fleur d’eau.
Pour l’anecdote, elle s’est avérée peu commune en Touraine à cette période de l’année et suite au déconfinement en France, il aura fallu quelques recherches pour trouver cette « fleur naine et bleue et triste » décrite par la poétesse Marceline Desbordes-Valmore.

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« Où l’aile d’une fée a laissé ses couleurs… » – Extrait poème – Tournage « Fleur d’eau »

L’imaginaire au service de la consolation et du courage, le court-métrage musical « Fleur d’eau » s’annonce particulier à tout point de vue. Rendez-vous le 10 septembre 2020, pour sa diffusion gracieuse en ligne à l’occasion de la journée mondiale de la prévention du suicide.

Photos Sabine Soury-Poussard.

Les liens utiles
– Le poème Fleur d’eau de Marceline Desbordes-Valmore
– Le site de l’Office National des Forêts
– Le site de la ville de Loches
Ut Fortis

Making of « Fleur d’eau »