Prévention du suicide. L’exemple du Japon

Ils sont nombreux à envisager le suicide comme un acte de courage et à prendre en exemple, et sans en connaître la complexité, certaines traditions séculaires comme celle du Seppuku (rituel du suicide du Samouraï, rituel officiellement abandonné par les Japonais en 1868), pour être réticents à la prévention. Mais vu du Japon, des survivants, des chercheurs, qu’en est-il de la prévention du suicide et comment cela est-il perçu selon les travaux diffusés ?

Les propos qui suivent sont extraits du document Suicide prevention strategies in Japan: A 15-year review (1998–2013). Journal of public health policy de Takeshima, Tadashi & Yamauchi, Takashi & Inagaki, Masatoshi & Kodaka, Manami & Matsumoto, Toshihiko & Kawano, Kenji & Katsumata, Yotaro & Fujimori, Maiko & Hisanaga-Probst, Ayaka & Takahashi, Yoshitomo

« Le taux de suicide au Japon a été alarmant, mais le Japon a fait des efforts considérables pour réduire ce taux, en faisant de la prévention une grande priorité. Ce rapport passe en revue les étapes de développement d’une politique globale de prévention du suicide au Japon de 1998 à 2013. Notre examen suggère que les activités de prévention du suicide ont été facilitées par le Basic Act pour la prévention du suicide de 2006 et les Principes généraux de la politique de prévention du suicide de 2007. Les taux de suicide au Japon, en particulier chez les hommes d’âge moyen, ont diminué de manière constante après 2009, ce qui suggère que ces initiatives ont été efficaces. »

Le Basic Act est crée et renforcé en 2006.

« L’objectif de la Loi fondamentale était de prévenir le suicide et de fournir un soutien aux survivants du suicide… Ses principes de base étaient les suivants :
– les activités de prévention du suicide doivent être examinées en tenant compte de la complexité des facteurs liés au suicide et être soutenues par l’ensemble de la société ;
– les efforts de prévention du suicide doivent être fondés sur le contexte social du suicide et ne pas être rejetés comme un simple problème de santé mentale ;
– les activités de prévention du suicide doivent inclure la prévention, l’intervention et la postvention (une intervention qui implique la fourniture d’un soutien aux membres de la famille et aux autres personnes affectés par un comportement suicidaire)
– et la prévention du suicide doit être menée efficacement avec l’étroite coopération du gouvernement central, des gouvernements locaux, des institutions médicales, des lieux de travail, des écoles et des organisations non gouvernementales (ONG). »

À notre connaissance, en 2006, le Japon est devenu le premier pays à adopter une loi créant spécifiquement une politique complète de politique de prévention du suicide.

Source Takeshima, Tadashi & Yamauchi, Takashi & Inagaki, Masatoshi & Kodaka, Manami & Matsumoto, Toshihiko & Kawano, Kenji & Katsumata, Yotaro & Fujimori, Maiko & Hisanaga-Probst, Ayaka & Takahashi, Yoshitomo. (2014). Suicide prevention strategies in Japan: A 15-year review (1998–2013). Journal of public health policy. 36. 10.1057/jphp.2014.42.

Des progrès en matière de prévention, mais des défis majeurs restent à relever

Source Japan turning a corner in suicide prevention / Organisation Mondiale de la Santé

Les investissements dans la prévention du suicide à l’échelle nationale semblent porter leurs fruits. En 2012, le nombre de suicides au Japon est passé sous la barre des 30 000 pour la première fois depuis 1998, une tendance progressive qui a débuté en 2009.

« Au départ, nous avons pensé que ce n’était que temporaire, une bavure« , explique le Dr Tadashi Takeshima, directeur du Centre japonais de prévention du suicide à l’Institut national de la santé mentale. « Mais en 2013, nous avons constaté une nouvelle baisse des chiffres ».

Les taux de suicide chez les hommes d’âge moyen et les personnes âgées sont en baisse. Ces baisses ont été observées dans de nombreuses localités, y compris dans les zones urbaines.

Malgré les progrès, le taux de suicide chez les jeunes au Japon reste élevé, reflétant une tendance observée dans d’autres pays du monde. Chez les jeunes de 15 à 29 ans, le suicide est la deuxième cause de décès dans le monde, selon un nouveau rapport de l’OMS.

« Nous sommes en retard dans les activités de prévention du suicide pour la jeune génération », note le Dr Takeshima. « Nous devons renforcer le soutien aux jeunes en améliorant leur environnement éducatif et professionnel. »

Source Japan turning a corner in suicide prevention / Organisation Mondiale de la Santé

Au cours du 1er trimestre 2021, un ministère de la solitude et de l’isolement a été crée au Japon. Source : https://www.japantimes.co.jp/news/2021/02/12/national/loneliness-isolation-minister.
Un modèle qui pourrait être adapté ailleurs et qui souligne à quel point la prévention du suicide est un problème de santé publique à envisager de manière intersectorielle et globale.

« …La prévention du suicide, ce n’est pas porter atteinte à la liberté d’autrui, c’est simplement lui témoigner que sa vie a de l’importance. »

Source https://www.cairn.info/revue-jusqu-a-la-mort-accompagner-la-vie-2013-4-page-5.htm