Le partage artistique du mois : Supporter la séparation, le divorce / Ben Mazué, RaeLynn et Aimé Césaire

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Juillet 2021

Un sujet peu évoqué, aux conséquences parfois dramatiques, relevant de la sphère très intime. Mal vécus, la séparation, le divorce traversés par ceux qui ont voulu essayer de fonder une famille malgré les obstacles, sont une épine discrète mais profonde dans le pied, dont la blessure peut se transformer en gangrène insidieuse et ravager tout le reste. Les artistes de ce topic illustrent les failles d’une séparation, trou béant de l’intérieur qui agite l’extérieur et ses calmes apparences. Ne connaissait-on donc pas l’autre ? Comment, quand s’est-on trompé ? S’est-on trompé ? Passer à autre chose mais comment rayer une part de son existence, de son intimité, de soi ?
Peut-être écrire une autre histoire avec les mêmes héros.

Musique :

« Tu m’auras tellement plu » de Ben Mazué (2020)

Perspective d’un parent

Artiste français multiprimé, prolifique, Ben Mazué a tracé son chemin émérite d’auteur de chansons dans le paysage musical français, tout en accédant doucement mais sûrement au succès de la vente de ses disques. En 2020, son album « Paradis » emballe la critique, lui vaut une victoire de la Musique et révèle le titre « Tu m’auras tellement plu », titre soigné, qui s’inspire de sa propre vie, de l’après amour, des zones de décompression. Nul jugement, nulle colère ou encore déni, juste du recul et un constat fait sans violence : la vie est ce qu’elle est, parfois il faut accepter que certaines choses nous dépassent, il faut avancer.

Y’a des chagrins qui te choquent, te sonnent
Le folie rôde autour de ces émois
Sur les restes des amours énormes, c’est fini…

Abimés par des phrases, abimés par des gens
Abimés par l’argent et le temps qui écrasent notre histoire
Pourtant est une immense victoire
..

Mais c’est foutu, c’est fini
On a perdu, j’ai compris

« Love Triangle » de RaeLynn (2016)

Perspective d’un enfant

En 2016, le titre « Love triangle » est un hit aux Etats-Unis d’Amérique. Il vient consacrer la chanteuse texanne Raelynn, qui avait participé au télécrochet The Voice (USA) sans parvenir à décrocher le titre. L’album Wildhorse sur lequel figure le single de country music commence directement à la première place du Billboard Country Albums Chart. « Love triangle » souligne pourtant avec douceur la perspective d’un enfant dont les parents séparés se partagent la garde. Prendre parti ? Pleurer avec qui ? Comment comprendre des faits qui vous dépassent totalement ou vous précèdent ? Pourquoi l’accepter ? Pour l’enfant, le triangle d’amour s’installe. Le titre lève le voile sur la souffrance intime d’un fragile équilibre quotidien, à prendre en compte par les bonnes volontés.

And some mommas and daddies
Don’t even talk no more
And some mommas and daddies
Let their heart strings tear and tangle
And some of us get stuck
And some of us grow up
In a love triangle

Et certains papas et mamans
Ne se parlent même plus
Et certains papas et mamans
laissent les cordes de leur cœur se déchirer et s’emmêler
Et certains d’entre nous restent coincés
Et certains d’entre nous grandissent
Dans un triangle amoureux

Poésie : « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen » de Aimé Césaire (1913 – 2008)

Aimé Césaire, poète français, est connu dans le monde entier pour ses écrits et son engagement politique. Mais au-delà des discours, il y avait aussi un conjoint qui n’avait pas demandé la séparation. Suzanne Césaire le quitte en 1963. Elle était l’épouse, la partenaire mais aussi la mère de leurs six enfants. Ecrivaine prodige, enseignante et créatrice du concept de « l’homme plante ». Elle est amoureuse d’un autre. Sa mort en 1966, d’une tumeur au cerveau, est une déchirure pour tous ceux qui l’ont connue. Dans son poème « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen », Aimé Césaire évoque l’importance du pollen qui suit sa route, même si on ne le comprend pas toujours, face au désert. De l’importance de ne pas renoncer à sa bonne volonté, celle qui a voulu aimer, semer et construire avec l’autre.
Juste avant sa mort, le poète témoignera de Suzanne : « On respirait ensemble… »

Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen

N’y eût-il dans le désert
qu’une goutte d’eau qui rêve tout bas,
dans le désert n’y eût-il
qu’une graine volante qui rêve tout haut,
c’est assez,
rouillure des armes, fissure des pierres, vrac des ténèbres
désert, désert, j’endure ton défi
blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen.


Extrait « Ferrements » (1960)

* Source citation Césaire

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A chaque fois, une vidéo musicale et un poème.