Le partage artistique du mois : Reconnaître la jalousie / John Lennon, Labrinth et Georges Rodenbach

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Décembre 2020 / Janvier 2021

Quand le désir de possession s’ajoute à la fascination de ce qu’est ou de ce qu’a l’autre pour mieux le détruire… Sentiment insinueux, tempête qui naît dans les profondeurs de soi et qui finit par tout submerger. Briser le cycle de ce sentiment envahissant, jalousie qui bouscule tout, qui s’ancre, à devenir irrépressible. Ni amour, ni prétexte, mais est-il facile de reconnaître son manque ? Les auteurs de ce partage expriment ce moment unique et fragile de la prise de conscience de sa jalousie, de l’acceptation de ses propres limites.

Musique : « Jealous » de Labrinth (2014)

L’artiste anglais d’origine jamaicaine et canadienne, pulvérise tous les charts avec la sortie de « Jealous » en 2014. Et pourtant, le titre est la confession d’un être dans le pire de sa vulnérabilité, qui s’est cru le plus fort, qui a voulu jouer et qui a perdu. Jalouser l’autre. De tout son cœur.
Et le réaliser enfin pour être en mesure de passer à autre chose.

… I told you when you left me there’s nothing to forgive
… Je t’ai dit quand tu me quittais qu’il n’y avait rien à pardonner
But I always thought you’d come back, tell me all you found was
Heartbreak and misery

Mais j’ai toujours pensé que tu reviendrais, me confiant que tu n’avais trouvé que coeur brisé et misère
It’s hard for me to say, I’m jealous of the way you’re happy without me
C’est dur pour moi de le dire, je suis jaloux de la façon dont tu es heureux sans moi
… Oh, as I die here another day, cause all I do is cry behind this smile
Oh, voici comme je meurs ici un jour de plus parce que tout ce que je fais, c’est pleurer derrière ce sourire

« Jealous guy » de John Lennon (1971)

John Lennon (1940 – 1980) écrit cette chanson dès 1968 (publiée en 1971) suite à sa retraite en Inde. L’artiste est adulé mais ce titre est sa confession sur ses défaillances. Lennon, avec un recul, y détaille le processus de la crise de jalousie : l’insécurité profonde, le désir d’impressionner malgré tout, la maladresse, la projection de ses craintes sur l’autre, le sentiment d’échec intrusif jusqu’à la perte de contrôle. Ici, aucun bouc émissaire, juste la reconnaissance de ses limites et des excuses sans faux-semblant où il veut s’assurer que la victime sait qu’elle n’est coupable de rien.

I was trying to catch your eyes
J’essayais d’attirer ton attention
Thought that you was trying to hide
Je pensais que tu essayais de te cacher
I was swallowing my pain
J’avalais ma douleur
Watch out baby I’m just a jealous guy
Attention bébé, je suis juste un gars jaloux

Poésie : « Seul » de Georges Rodenbach (1855 – 1898)

Georges Rodenbach ou le chantre de Bruges est le premier écrivain Belge à voir une de ses œuvres, Le Voile, mise au répertoire de la Comédie-Française dès le 19eme siècle. La dandy est pourtant poète des profondeurs de l’être. Dans le poème « Seul », il crie la douleur de la situation de détresse qui n’est connue de personne d’autre que soi, exil de l’âme.
Et si la fin de l’exil était le fait de partager enfin sa perception des choses, fût-ce difficile, pour pouvoir accepter la réalité de ses limites et tourner la page ?

Seul

Vivre comme en exil, vivre sans voir personne
Dans l’immense abandon d’une ville qui meurt,
Où jamais l’on n’entend que la vague rumeur
D’un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.

Se sentir éloigné des âmes, des cerveaux
Et de tout ce qui porte au front un diadème ;
Et, sans rien éclairer, se consumer soi-même
Tel qu’une lampe vaine au fond de noirs caveaux.

Être comme un vaisseau qui rêvait d’un voyage
Triomphal et joyeux vers le rouge équateur
Et qui se heurte à des banquises de froideur
Et se sent naufrager sans laisser un sillage.

Oh ! vivre ainsi ! tout seul, tout seul ! voir se flétrir
La blanche floraison de son Âme divine,
Dans le dédain de tous et sans qu’aucun devine,
Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir !

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FINALE, titre de l’album dédié Nectar! (Ut Fortis Cast Recording) en vidéo avec Mary Bichner et Christina Goh

La première est annoncée pour ce 20 décembre 2020 à 16H (heure de Paris). En simultané sur le site Ut Fortis, Youtube, Facebook et les liens officiels de l’artiste. Le titre est extrait de l’album du spectacle Ut Fortis pour la prévention du suicide.

Pour Christina Goh:

« Avec la vidéo de « Finale », nous restons dans l’approche symbolique de « Nectar! (Ut Fortis Cast Recording) ». Le final est souvent le commencement d’une nouvelle aventure de vie à saisir. Un peu comme dans une éclipse, mystérieuse, mais toujours temporaire, qui nous aura permis de voir le monde autrement. La disparition de l’astre n’est qu’apparente… La chanson écrite par Mary Bichner l’illustre tellement !« 

Rendez-vous ce dimanche 16 novembre 2020 à 16H.

Le partage artistique du mois : Se relever de la désillusion / Taemin et Nicole Cage

Chaque mois, une vidéo musicale et un poème à partager
Novembre 2020 / Partenariat Ut Fortis – La Différence

Se perdre… Et après ?
Désarroi, tristesse infinie, rage parfois, mais comment se relever de la profonde et cachée désillusion ? Quand la nuit tombe sur les rêves intimes et qu’il faut difficilement retrouver un chemin vers la sérénité joyeuse ? Taemin et Nicole Cage illustrent cette étape délicate par l’action : aller chercher en soi une idée pour se renouveler…

Musique : IDEA de Taemin (2020)

A  sa sortie, en novembre 2020, le hit de l’artiste coréen pulvérise les charts sur les sites affectionnés par la nouvelle génération. Et pourtant, c’est de la philosophie platonicienne !
« Le titre « IDEA » a été inspiré par l’allégorie de la caverne de Platon… Au lieu d’être « piégé dans une grotte » et de vivre dans l’ombre de la vérité, je veux me libérer de l’obscurité et m’embarquer dans un voyage d’illumination où je découvre un nouvel ego, une identité et un sens ».
(Interview de Taemin extraite du magazine Hypebae de novembre 2020).
La vidéo symbolique qui joue sur le contraste des couleurs illustre la métamorphose et la venue de cette idée lumineuse qui surgit et sauve tel un messie, l’individu d’une situation infernale, qui l’engouffrait toujours plus loin dans le feu de la détresse. Combat intérieur (danse) pour pouvoir sortir à la lumière de soi-même.

깊은 곳에 핀 꿈이여
Le rêve qui a fleuri
밤을 안은 채로
Au cœur des illusions de la nuit
짙어지는 Shadow
n’est rien d’autre qu’une ombre…

내 속에 너를 도려낸 밤
La nuit qui a déchiré nos cœurs
(Killing me softly, killing me softly)
(Me tuant à petit feu, me tuant à petit feu)
끝내 새로운 눈을 뜬 나J’ai enfin ouvert les yeux 

Poésie : « Je ne suis pas poète » de Nicole Cage

La poétesse caribéenne multiprimée en poésie, également membre du Jury du concours international la Différence, écrit ce texte surprenant dans la première décennie 2000 « Je ne suis pas poète » et analyse le feu de l’incertitude et du désarroi quand on se perd, à la recherche de ce que l’on croit savoir de soi. Le poème s’inspire de sa propre histoire, une écrivaine plébiscitée dans le monde entier, restée attachée à son île natale et qui mettra du temps à faire de son hypersensibilité et de la solitude qu’elle peut parfois provoquer, sa richesse et sa lumière.

L’on me dit poète
Je ne sais je ne sais
Je tente seulement d’écouter le vent
Et de percer dans son murmure
Le secret de ma vie
Je ne sais je ne sais
J’essaie simplement de résister à l’appel
De la travailleuse de l’ombre
Non je ne suis pas poète
Je ne sais qu’écouter
Les pulsations de la terre
Tâchant d’y découvrir la voie de ma légende intime
Égarée en cette vie
Je parcours la forêt des mots
Dans l’espoir d’y trouver
Le sens de l’absurde
Mais je me perds encore
encore
encore
Confondant un mot et une feuille
Une virgule et une fleur
Une strophe et un arbre
Et je m’égare encore
Dormant parmi les ronces
Appelant la lumière
Escomptant l’éveil du soleil
Signal du retour à la vie
En mes veines en mon cœur
Les tessons d’une bouteille brisée
A moins que ce ne soient les ronces acérées
D’une étrange forêt
M’ont lacéré la peau
M’ont violenté les pieds
Stigmates d’un voyage aux confins des ténèbres
Dont je veux ressurgir
Vierge
Inatteinte
Mais ne sachant tout de même pas ce que c’est qu’un poète
Et sachant encore moins
Si je ne le suis qu’un peu
J’en sais seulement davantage
Sur mes faiblesses et ma lumière
Et sur ma soif de vivre
Jusque et par-delà l’ultime pulsation de mon cœur

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2021 s’annonce : un seul être vous manque… Louis Armstrong et Alphonse de Lamartine

2021 s’annonce, des fêtes sont dans l’air. Mais le décès d’un être cher ou une situation insoutenable peuvent être difficiles à vivre.

Essayons l’inspiration.
Faites y un tour ou retrouvez les partages artistiques sur les thématiques suivants (le thème précède le nom des artistes) :

Mais encore ?

« Un seul être vous manque… »

Citation extraite du vers « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » du poème « Isolement » écrit par Alphonse de Lamartine (1790 – 1869) paru dans l’ouvrage Méditations poétiques en 1820.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Lamartine, isolé, peine à trouver la ressource auprès de la nature. Il confie son mal de vivre et son désir de mourir après le décès prématurée de la femme qu’il aime, malade de la tuberculose. Le poète trouvera pourtant la force pour continuer à vivre et s’investir (il sera élu à l’Académie Française neuf ans plus tard puis deviendra député pour sa région.)
Lire L’isolement.

Un monde merveilleux ?

Rien de mieux que la sagesse de Louis Armstrong (1901 – 1971), qui en 1967, chante « What a wonderful world ». La vidéo qui suit continent l’introduction originale de 1970 avec le Oliver Nelson’s Orchestra, où il explique la chanson :
« Certains me demandent : pourquoi cette chanson « What a wonderful world » (Quel monde merveilleux). Tu penses qu’il est merveilleux ? Et la faim, et la pollution ?… Mais il me semble que le monde n’est pas si mauvais... C’est ce que nous y faisons… Tout ce que je dis, c’est que le monde serait merveilleux, si on lui donnait une chance… Amour, voilà le secret… »

A sa sortie, la chanson n’aura aucun succès aux Etats-Unis, pays d’Armstrong… mais elle sera appréciée sans commune mesure en Angleterre puis en Europe pour un retentissement finalement mondial. Valeur d’une autre chance si on décide de la saisir…

Image d’illustration d’article par le designer allemand Gerd Altmann